Chronique n°1 : Le bal masqué des gens sincères

Chronique n°1 : Le bal masqué des gens sincères

La boum commence en fanfare.

« Oyé oyé braves gens ! Ce soir, nous désignerons le plus beau masque, celui dont les ornements nous trompent. Nous jugerons de sa complexité et de son apparence pour élire celui, qui se cache le mieux ».


La musique se fait plus forte, les gens se montrent autant que la musique s’entend. Nous voilà dans ce carnaval plongé dans les confettis, les rires et les danses multiples. Les déguisements se suivent et défilent montrant des masques scintillants. Tous sont mis en valeur par ces gens, pour lesquels on ne voit que la face. Qu’ils sont beaux voire magnifiques ! Ils scintillent comme des diamants et rougissent tel le rubis. L’on distingue même leurs semblant de sourires, nous trompant de leurs allégeances, dont suivent leurs révérences. Je regarde ce spectacle avec un mélange d’admiration et de peur tout en essayant de distinguer ce que l’on peut voir, ce qu’il y a sous le masque. Ils me disent que tout va bien, que mon masque est le plus beau. Mais il me gêne et me donne chaud, je l’enlève. Tout à coup, toute l’assemblé se tournent vers moi, je me sens vulnérable. Ils se rapprochent et m’entourent, je suffoque

Driiiiiiiiiiiiiiiing ! Réveil en sursaut. Encore un de ces rêves qui perturbe ma véritable journée.

Oh oui. Vous avez bien pensé. Ce n’est qu’un rêve métaphorique se reflétant dès mon réveil. Dois-je mettre un masque aujourd’hui ? Je ne veux pas me cacher, ni faire le caméléon perché au-dessus d’un arbre. Mais ce n’est pas le moment d’y penser, il est tôt, ce moment n’est que pour moi. Aussitôt, j’allume mon poste de télévision, cela m’aliène comme il le faut. La télévision, c’est sorte de présence. Pendant mon café de première heure, généralement, je tombe sur cette fameuse émission TV. Le monde souhaite voir ce qui est prévu pour le réveil.

Vous n’êtes sûrement pas du genre à regarder ce genre de choses, mais je vous avoue, que, moi non plus. Mais si un jour, vous prenez le temps, un matin, de regarder une émission du même type, observez ce qui s’y cache, c’est vraiment subtilement rempli d’attention. Les informations y sont douces, moindres sont les morts qui s’accumulent dans les divers pays. Non là, l’on y observe les reportages sur des gens qui font de la compote maison. Et puis, il y a le plus intéressant : la politique. Oh, Messieurs les Politiciens, que vos masques sont beaux, c’est renversant.

Mais, malheureusement, vous êtes vainqueur. Vainqueurs de ce jeu amusant, qui est, d’adoucir les propos. Environ sept milliards de personnes vous concurrent, et vous arrivez à vous faire magnifier. Balivernes, promesses, charme, pour que tu m’aimes et que tu m’adules afin d’obtenir la chose qui m’importe le plus : le pouvoir. Et nous sommes sept milliards à jouer ce jeu, sept milliards à passer son temps à perfectionner son masque. Mais vous, vous êtes balèzes ! 

Et si l’on ôtait ses masques, et que l’on se mettait à nu, sans éprouver de peur à cela ? 

Être nous-même en cassant la frontière entre les paroles et les pensées. Je me surprends d’imaginer ce monde si beau, ce monde où les gens disent ce qui leur gênent, annonçant clairement leurs intentions sans ruse, ni sens caché. Cela serait si simple. D’ailleurs, aujourd’hui, je ferais preuve de simplicité et de sincérité.

Aussitôt sorti, je me sens en danger. Je suis de ces gens qui ont peur, effrayé du mal que les autres peuvent me faire. Je me vais comme convenu à « l’artiste assoiffé », pour continuer mon petit dej’ autour d’un cappucino et d’un croissant. J’attends quelques amis. Comme à mon habitude, j’observe, et j’écoute. J’aime constater l’effervescence de ces quelques fous rires et daigner de quelques regards discrets aux personnes qui sont pour moi des plus intéressantes.

Une terrasse d’un café, c’est beau. Moult sont les sentiments qui s’y en dégage. Je me concentre sur une table de trois. Ils parlent d’une personne.

« Ah, mais tu ne trouves pas que machin est un peu chiant quand il est bourré ?

– Ouaip grave, il est un peu collant, tout de même ! »

Rien de plus basique, qu’on se l’accorde. Je prends alors longuement le temps de réfléchir à ces quelques phrases. Il m’est aussi arrivé de parler d’une personne en particulier avec un groupe. Mais à bien pensé, pourquoi ne pas lui faire un compte-rendu de ces discussions ? C’est vrai quoi, si chacun a ses défauts, peut-il les corriger par ses propres moyens ?

J’imagine les masques autour de la terrasse, je les enlève tous, les mettant à nu. Et je constate la beauté, la beauté de l’être parfaitement imparfait. Des êtres avec qui l’on peut rire et pleurer, avec qui l’on peut aimer et détester. On ne peut pas s’entendre avec tout le monde, mais je rêve du jour où l’on pourra vivre de qualités en acceptant les défauts qui s’en suivent. Je rêve de sincérité, et dirais bien à tous ceux qui sont autour de moi ce qui me plaît chez eux et ce qui me repoussent. L’envie de tout dire me devient insupportable tant il m’est impossible de garder la totalité en moi.

Mes amis arrivent, je sors mes lunettes de soleil de ma poche, et les enfilent. « Alors bandes de larves, vous n’avez pas l’air réveillé ! Comment allez-vous ? »

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