Chronique n°2 : Le voyage en train n’est pas le métro

Chronique n°2 : Le voyage en train n’est pas le métro

Nous sommes de ces gens renfrognés sur nous-même, ne pouvant partager notre temps.


Un voyage reste un voyage qui gronde et grogne l’attente de notre merveilleuse arrivée. Mais entre temps, dans un train par exemple, on se fait chier. On occupe son temps en observant le paysage, en lisant ou en écrivant des chroniques morbides pour un petit webzine. Ici, on paye plein pot juste pour prendre un moment pour soi, et, pour soi seulement. Les regards se croisent et se décroisent, dans un calme effroyable, portant préjudice à notre égarement infroissable. Notre esprit se perd entre deux endroits, on sait d’où l’on vient, et l’on sait où l’on va. Mais entre les deux c’est le vide. Car c’est le chauffeur qui pilote et qui nous portent, il est maître de nous. On ne sait même pas comment ça se conduit, un train, d’abord. Que c’est agréable. Il ne reste plus que nous, et, notre imagination.

Roule, roule train à moteur, le temps que je vole et virevolte dans les reflets des nuages

Les autres ne sont plus, de toute façon je m’en branle, je suis la pour flâner. Je n’aurais pas payé sinon.
Quand je ne regarde pas le ciel, j’observe les gens. Si l’on pouvait représenter nos pensées dans des petits nuages, il pleuvrait dans le train. Une pluie agréable vagabondant l’idée d’un monde meilleur comme si le fait de prendre un wagon véhiculait l’espoir ainsi que des rêves ponctuels qui ne sortiront de ce lieu. 

Après un classique curage de nez, l’homme se penche sur son ordinateur. Il fait comme moi, il écrit. J’ai alors cette douce curiosité, qu’écrit t-il ? Quel film regarde la dame qui se trouve deux sièges devant moi ? Que dessine l’enfant derrière moi ? Que penses le papy, regardant le ciel, comme si il attendait de le rejoindre ? J’aimerais tant leur en parler, sans complexité. Partager avec eux ce que j’imagine dans cette wagonnette, afin que nos pensées se croisent pour enfin se souvenir de ce voyage comme si il était exceptionnel. Si le train était gratuit, je suis sûr que nous serions moins coincés du cul. Mais « le temps c’est de l’argent », la preuve on le paye plus de dix euros de l’heure.

Le train c’est mignon. Mais quand on en sort, on est bouleversés. Nous sommes replongés dans cette réalité, et l’on oublie tout. L’on repense à la paperasse qu’on a à faire. On oublie l’île que l’on s’est procurés par nos pensées, ainsi que les ailes que l’on s’est fait pousser. Tout va très vite, le temps s’accélère, le cœur bat plus fort, on marche vers un endroit où l’on ne veut pas aller. On repense au boulot ou aux cours, tout en sachant que l’on se fera accuser de n’avoir pas bien travaillé. La majorité des gens vivent dans la crispation intégrale de tout leur corps et leur esprit, c’est flagrant dans un métropolitain par exemple.

Le métro, finalement, ça manque de vie

On aurait presque l’impression que nous laissons cerveau et cœur en y rentrant pour le retrouver esquinter à la sortie. Nous voilà transformés en zombie Walking Dead, inanimé par le manque de viande fraîche. Tout devient automatique sous terre, les portes, les escaliers, les voix, le métro lui-même ainsi que L’humain. C’est comme le train, chacun pour soi (sauf quand on fait les cons avec les potes). Mais il manque l’espoir. J’ai souvent l’impression de me retrouver dans une capsule au milieu de nulle part, dans l’espace, sans oxygène, avec juste mes yeux pour constater. Constater les personnes se tuant à petit feu dans une lutte effrénée éventuellement pour trouver un semblant d’oxygène. Non, messieurs et mesdame, il n’y à plus que du carbone. Mais faites pas la gueule, la dame qui vous demande des sous n’a apparemment plus de vie.

J’avoue que le métro de rennes n’est pas celui des plus désagréable. Il est neuf et sain. Le monde y est moindre (en même temps, je n’avais jamais vu de métro dans une si petite ville, merci Vinci !). Et ça, c’est parce qu’il n’y a pas de chauffeur ! C’est fun ! Pour sortir de ces méandres, je dois avouer, que je vais souvent devant. Je suis comme cet enfant qui à l’impression de conduire le métro. Je suffoque moins de cette manière. Ce qui est bien c’est qu’il y a un petit côté « plaisant » dans cet espace nauséabond. Et puis, c’est ici qu’on retrouve la plus belle formes d’autisme. Chacun dans son coin, pensant à son chez soi, après une rude journée de travail. Mais les nuages ici sont brumeux. L’humidité nous y agressent nous pressant à la sortie. Les gens pensent dans un esprit de fonctionnalités, pour un esprit pratique.

Vous savez ce qu’il manque dans le métro ?

De la musique, tout simplement. Une chose qui apaise, qui nous fait sentir mieux. Il n’y à pas plus simple, j’aimerais y voir un vieux troubadour farçeur avec ses chansons engagés ou encore un « Llewyn Davis » avec sa folk, certes, déprimante, mais d’une sonorité agréable. Au lieu de ça, nous avons cette femme, qui nous réveille à chaque arrêt.

« Station Pontchaillou, accès Centre Eugène Marquis, établissement français du sang »
Pontchaillou, c’est l’arrêt qui nous permet de respirer. D’ailleurs, je vais sortir la, en faisant le reste à pied. Je me sens un peu comme une larve, n’ayant pas fini son réveil.

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