Déclaration d’amour éphémère

Déclaration d’amour éphémère

J’ai rencontré une femme sublime. Elle avait l’air gentille, cultivée et réfléchie, sans nul doute altruiste et philanthrope, du moins j’aime le croire. S’intéressant à un domaine qui n’est pas le sien pour le plaisir d’en découvrir le sens, l’origine.


C‘est d’ailleurs pour s’intéresser à ce domaine, qu’elle semble apprécier mais ne pas connaître, qu’elle choisit de fréquenter les cours dispensés à la faculté, étudiant celui-ci, sans s’y inscrire, seulement en y participant. Elle s’est malheureusement trompée d’horaire et fut présente pour le cours précédent, celui qu’elle attendait. Ce cours était technique et demandait des connaissances de bases, elle ne put donc comprendre et participer comme elle le souhaitait. Cela ne la gênait guère…

S’étant placée à l’assise qui était disposée deux places à ma droite, elle se rapprocha et me demanda si je pouvais lui expliquer et l’aider à suivre.
Je ne pus me refuser à accompagner ça demande d’une timide affirmation. Elle me donnait l’occasion inespérée d’amorcer une conversation que je n’osais qu’imaginer.

Elle dut chanter sur des mélodies qu’elle n’arrivait pas à lire, se tenter à des exercices techniques que certains d’entre nous, étudiants de ce domaine, pouvons avoir du mal à réaliser, et pourtant, elle prit plaisir à cela. J’essayais de l’aider à suivre mais je perdis la concentration que je souhaitais avoir et fini par m’amuser avec elle, y prenant un réel plaisir.

Elle chantait avec conviction, les erreurs semblaient la faire sourire, et elle finit même par y prendre quelques onces de plaisir, s’exerçant pour la première fois à une discipline étonnante lors d’un cours en amphithéâtre.

Puis la fin du cours arriva. 

Elle garda les feuilles de cours qu’elle avait remplies en suivant les corrections, comme si elle était étudiante avec nous. Cela m’étonna, me paraissant, dans un premier temps, inutile et surprenant, et cette surprise fit de cette femme un mystère, mystère dont l’arôme m’enivre encore.

Ker-Xavier-Roussel-Vénus-et-lAmour-au-bord-de-la-mer-1908

Vénus et l’Amour au bord de la mer – Ker Xavier Roussel


Le cours qu’elle souhaitait suivre fini par commencer.

J’aurai imaginé qu’elle s’écarterait pour revenir à sa place d’origine, mais elle n’en fit rien, elle resta là, assise à côté de moi, me réjouissant autant que je pouvais l’espérer. Ce cours-ci, je fus concentré. C’est un cours dont j’avais besoin, je m’y suis donc attelé avec une volonté plus grande.

Elle fit de même.

Le sujet l’intéressait et elle aimait écouter le professeur. La discussion fut donc moins grande, quelques questionnements dérivant à quelques niaiseries plaisantes, un ou deux sourires, mais sans autres contacts plus exhibés que ceux-ci.

Lorsque la fin du cours arriva, chacun rangea ses affaires, se déplaçant vers la sortie.

La foule de l’amphithéâtre s’amassant entre elle et moi, je me suis essayé à lui dire au revoir, et me retournant pour la distinguer, je la vue tendre la main en l’air pour me souhaiter une bonne journée. Je n’eus de réflexe que la politesse d’en faire de même.

Voilà ce que j’ai de cette femme, ni nom, ni âge, ni quelconque moyen de la contacter, juste une image belle, agréable et simple, souvenir d’un goût de « trop peu ».

 

Jules Redon

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