INTERVIEW DE LA SEMAINE #11 : BLUTCH

INTERVIEW DE LA SEMAINE #11 : BLUTCH

Le P’tit Rennais s’est installé une nouvelle fois dans les loges du 1988 Live Club à Rennes. Nous avons capturé ce moment intime avec un jeune producteur House / Hip-Hop : Blutch


Bienvenue ! Le P’tit Rennais va te poser quelques questions. On va commencer par une rapide présentation. Quand est-ce que tu as commencé la musique électronique et qu’est-ce qui t’a amené à créer ce projet là ?

Sous le nom de Blutch, ça fait deux ou trois ans que je fais ça un peu plus sérieusement, sinon j’ai réellement commencé il y a cinq ou six ans. Le début était catastrophique mais il faut bien un début à tout. La musique me passionne depuis toujours, je voulais tenter ma chance en produisant, finalement j’ai fini par faire ça tout le temps.

On sent pas mal d’influences rap, hip hop, jazz, blues ; c’est quelque chose qui t’inspire depuis longtemps ?

Carrément, la black music, le jazz, la soul, le funk ça fait longtemps. Quand je piquais dans les cd’s de mes parents, il y en avait quelques uns, j’ai toujours suivi le mouvement. Le hip-hop, ça fait deux ou trois ans que j’en écoute, ça devient un peu taré ! Il y a une grosse influence venue des États Unis, mais si tu creuses un peu en France ou en Belgique, il se passe plein de trucs cool, avec des groupes qui ont des projets bien poussés.

Cela t’intéresserait de faire quelques featuring avec l’un de ces groupes ?

C’est en cours, on bosse sur un morceau avec un gars.

On aura compris que toutes ces influences sont très instrumentales et non pas électroniques, même s’il y en a. Le fait de n’utiliser que des samples vient-il de là ?

Ouais à fond, il y a toujours des morceaux où il n’y a que des samples de batteries, de basses et même pas de synthés parfois. J‘ai écouté pas mal de trip-hop et d’électro avant aussi, à commencé par le label Ed Banger. Suite à cela, j’ai eu un gros coup de coeur avec la house, l’électronika et l’abstract hip-hop sans oublier la techno bien-sûre, mais ce n’est pas dans ce projet là. J’essaye de mélanger tout ce que j’aime bien sous plusieurs formes.

Tu as commencé par tâter des VST (instruments virtuels) ou bien des synthés physiques ?

En ce moment, j’utilise pas mal de VST. Je pense même acheter des vrais sampleurs comme une MPC car les sons de batteries sont vraiment géniaux là-dessus. Plus ça évolue, plus j’utilise d’instruments, cela dépend vraiment des morceaux que je fais, j’ai plusieurs projets en cours et vraiment très différents les uns des autres.

Concernant le sampling toujours, tu as organisé une masterclass lors de l’Astropolis d’hiver 2015. Qu’as tu ressentis en devenant « professeur Blutch », passant en position de transmetteur de savoir ?

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J’ai trouvé ça super cool comme expérience, surtout que deux semaines avant, j’avais fait pareil avec des jeunes dans une maison de quartier. Quand j’étais gosse, j’ai pas mal traîné dans les maisons de quartier, j’étais super intéressé quand quelqu’un venait de l’extérieur et nous apprenait des choses. J’étais très content de pouvoir participer à cette initiation et comme je suis plutôt bavard en général, je n’ai pas vraiment eu de mal à m’exprimer (rires). C’était marrant, il y avait des gars de dix-huit ans dont un autre de quarante ans qui est arrivé en plein milieu du cours.

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Tout cela était organisé avec Astropolis, c’est arrivé depuis que tu es booké chez eux. Ce sont eux qui choisissent toutes tes dates dorénavant ?

Ils en choisissent pas mal oui mais pour l’instant, j’ai des copains et des connaissances qui viennent me proposer quelques scènes, c’est un mélange des deux. Astro est beaucoup plus axé techno en général. Côté hip hop, j’ai été appelé pour jouer à Bordeaux avec les Jazz Liberatoz, Kalhex et Mr. Hone. Ça rejoint moins le style d’Astro mais les deux se complètent très bien.

Ils t’ont booké sur pas mal d’ouverture de grand festivals comme les Transmusicales, Panoramas et surtout sur la scène de l’astrofloor, cela à du te faire plaisir ?

J’ai toujours du mal à réaliser. Ce sont des mecs que je respecte beaucoup et dont je suis attentivement le travail. Bosser avec eux, c’ est un véritable honneur.

Es-tu obligé aujourd’hui de jouer uniquement ton set live en concert ou bien tu peux reprendre tes platines pour un DJ set ?

Dans notre démarche avec Astro, on se focalise surtout sur mon live que l’on prépare pour le festival d’été, notamment avec Romain qui fait mes clips et qui sera derrière en Vjing. C’ est super large parce que je bosse aussi mes DJ sets à coté. Pour Rock’N Solex demain (ndlr. vendredi 15 mai), j’ai prévu un live et un DJ set. Entre les deux, les gars du Sonic Crew mixeront.

Opères-tu des changements selon les endroits où tu vas jouer en live ou bien ton set est immuable ?

Mon tout premier live c’était à Astro l’année dernière. Depuis j’ai fait mille kilomètres de chemin. J’ai un ami qui fait parti de Cardinale, il est très calé sur le plan technique. Il m’a beaucoup aidé avant les Transmusicales où j’ai monté un live plus qualitatif qu’à Astro. Depuis que j’ai ma base, j’agrémente à chaque nouvelle date. Toute la partie hip-hop reste assez immuable comme tu dis mais toute la partie house, je la joue en live, je balance mes boucles et c’est beaucoup plus sympa.

D’où l’envie de venir jouer sur des machines pour pouvoir moduler ?

Carrément, de date à date, en étant concentré, tu apprends vite les choses, et puis tu t’ennuies un peu si tu ne te renouvelles pas.

En parlant de live que préfères-tu, jouer dans une salle comme celle du 1988 Live Club avec un peu moins de monde, ou bien avec un public comme au Transmusicales avec mille personnes à dix mètres de toi ?

Pour l’instant c’était Bordeaux et Panoramas où il y avait le plus de monde. C’est quand même très plaisant d’avoir de belles scènes bien équipées au niveau du son et de la lumière. Je suis plus à l’aise dans ce genre de conditions, mais j’aime bien jouer dans des clubs comme celui-ci. Ce ne sont pas les mêmes ambiances en fait, j’aime bien les deux !

On va parler de ton EP définit comme assez aériens où l’on retrouve encore une fois ces influences. Comparé à tous les morceaux que tu as balancé sur Soundcloud il y a un ou deux ans, on sent une maturité dans la manière de composer, une l’homogénéité dans les instruments. Qu’est-ce qu’il y a changé avec l’avant EP et l’après EP ?

J’ai un disque dur qui est parti à la poubelle entre les deux (rires). Avec tous mes anciens sons, ça a changé pas mal de choses. J’ai eu un gros questionnement sur ma musique, à essayer de savoir ce qui me plaisait vraiment. J’étais parti sur un truc plus nu-disco à la base, un peu comme Jean Tonique. Je me suis alors rendu compte que la musique que j’écoutais souvent chez moi, c’était des sons assez chill. Je me suis dit : » quitte à faire de nouvelles chansons, autant monter un vrai projet ». Comme ça, je pourrais vite démarcher des labels ou des bookeurs. C’était une petite idée à la base, ça a fini avec huit tracks. 

Cela t’a pris combien de temps ?

Six mois environ. Juste avant que j’envoie mes démos à Astropolis pour le tremplin, j’étais en plein travail dessus. J’ai dû envoyer des sons qui étaient beaucoup moins travaillés que sur le projet final. J’étais vraiment déçu, on devait envoyer un set en ligne et j’ai fini par envoyer mes vieux morceaux, mais ça a marché !

Qu’est-ce que cela te fait de produire de la house face à ce gros revival techno qu’il y a en ce moment dans le monde de la musique électronique ?

Il y a quand même une belle mouvance house aussi. C’est vrai qu’avec la techno, tout le monde est un peu « sur le cul » (rires). C’est devenu beaucoup plus populaire et accessible. La techno touche de plus en plus de personnes, c’est une culture qui attire énormément, même les petits kids de seize ans en écoute. Mais la house est toujours constante, j’adore Max Graef par exemple, il bouge le truc avec de grosses influences hip-hop et jazz. Il emmène le délire plus loin, ça permet de continuer d’évoluer et c’est dans ça que je me reconnais.

Ça fait maintenant quelques années que tu traînes sur Rennes, tu fais partie d’un collectif qui se nomme la Tangente. Vous n’êtes pas seul, pas mal d’autres fleurissent petit à petit comme la Midi-Deux, Decilab, Chevreuil, Texture … Tu as suivi l’évolution de l’effervescence de la musique électronique sur Rennes depuis quelques années ?

Quand je suis arrivé à Rennes, j’avais un pote qui était pote avec les gars de Midi-Deux, on s’est connu un peu avant leur première soirée. C’est vrai que depuis ce temps-là, ça fleurit à fond ! C’est trop bien, il y a plein de petites assos, peut-être même un peu trop, mais au moins il y a des évents presque tous les week-ends, on ne peut pas s’ennuyer. La scène s’est renouvelée, elle est beaucoup plus jeune. Les assos comme Open Fader ou comme les gars de Chevreuil sont là depuis 10 ans, ils ont environ trente ans alors que nous, on en a vingt-cinq. Ils ont l’air de bien apprécier ce qu’il se passe, c’est cool.

10523739_732169183537839_1215195153712567682_n (1)Tout cela n’amène pas trop de concurrence ?

Il y a quelques petits coups par-ci par-là mais en général c’est très correct.

Et sinon comme on va du plus particulier au général chez nous, comment trouves-tu la ville de Rennes dans son  ensemble, tes études ?

J’ai fait une demi année de fac qui m’a permis de réellement découvrir Rennes. Puis, j’ai fait mes études à Lisaa (Institut supérieur des Arts appliqués), ça m’a bien enrichit. Les processus créatif qui s’appliquent au graphisme m’ont vachement aidé pour la musique. J’ai rencontré dans cette école de très bons amis, des mecs qui se connaissaient d’ un peu partout. Cela m’a permis de m’installer à Rennes tranquillement et de me créer un petit réseau. J’adore Rennes, dès que je peux y revenir je suis très content !

Tu as passé un peu de temps à Paris, c’était comment ?

Dur au début mais après on s’y fait, c’est très différent. Le fait d’avoir trois ou quatre soirées dans le week-end, ça fait plaisir.

Vis-tu de ta musique ?

Non ! Ça met juste du beurre dans les épinards. Je suis obligé d’avoir un taff à côté, mais ce n’est pas plus mal. Séparer les deux c’est important, je peux ainsi avoir un peu plus de recul sur la musique. 

Tu as commencé à produire de la musique électronique pour les premières fois il y a cinq ou six ans, avec une bande de potes. Vous avez posté deux trois sons sur genre « Ron Ron Ron Les Petits Chatons » ?

C’est une formation un peu … hybride, les Kartoffels Boys (rires). Ça gravite un peu autour de moi et de mon ordi. C’est souvent les lendemains de soirées, quand on est vachement inspiré, on sort des conneries. La première, Kartoffeul Salade je l’ai faite avec un pote, justement, en lendemain de soirée. J’ai fait un gros beat de merde, on l’a sorti sur Soundcloud et ça a bien fait marrer les potes …

Et ça a bien marché, plus de deux mille écoutes sur Soundcloud ! Bon et bien merci d’avoir répondu à nos questions, amuses toi bien, une grande aventure s’annonce ! 

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