INTERVIEW DE LA SEMAINE #13 : DEMOZAMAU

INTERVIEW DE LA SEMAINE #13 : DEMOZAMAU

Suite à l’événement Hip Brid#2, nous continuons notre aventure avec l’association Démozamau au festival Quartiers d’Été. Entre deux scènes, nous avons posé quelques questions au collectif, afin d’en savoir davantage sur leur projet. Rencontre avec Mickaël, Remi Zuka et Farkad.


On commence par une petite présentation ?

Mickaël : je suis human beatbox engagé dans l’association en service civique, je mets en place des ateliers autour du beatbox, ça fait six ans que je pratique cet art et je joue également de la guitare. 

Rémi Zuka : je suis l’un des fondateurs de l’association, artiste au même titre que Mickaël, plus axé sur le rap. Je suis également coordinateur de projet et salarié de l’association Demozamau.

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Remi Zuka

Farkad : Tony de mon vrai prénom, président de l’association Demozamau que nous avons créé avec Rémi, également artiste sous le nom de Farkad.

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Farkad

Pourquoi avoir choisi le nom « Demozamau » pour votre association?  

Mickaël : Le projet est né sur Maurepas (quartier situé dans la banlieue rennaise), Tony (Farkad) vivait là-bas à l’époque, Rémi (Rémizuka) était quant à lui, animateur dans le même quartier en 2008.

RZ : Très tôt avec Tony, nous avons identifié une problèmatique. Il y avait un manque d’offre culturelle et de lieux d’enregistrement pour les jeunes sur le territoire de Maurepas (Q5,Q6).  Pourquoi le nom « demozamau » ? c’est très simple, nous sommes tous les deux rappeurs issus du quartier, et le nom signifie : déposer  » des mots à Maurepas « .

Le nom de l’association a-t-il un sens aux yeux des rappeurs que vous êtes ?

RZ : Oui bien sûr, c’est un message. On voit le rap comme étant l’art de manier les mots ! Ce soir par exemple (ndlr : aux Quartiers d’été), il y a Lino. Il manie parfaitement l’art de boxer les mots. C’est un moyen d’expression avant tout.

Comme vous nous le dites, vous êtes sensible aux mots, en ce sens, vous êtes-vous senti parfois censuré dans les mots que vous pouviez dire ? 

Farkad : Je dirais que non, car on n’est pas NTM, ni Sniper, mais il y’ a beaucoup de rappeurs connus qui pour autant se sont fait censurer, ça dépend des propos que tu tiens. C’est à nous de savoir comment faire pour éviter d’être censurés, comment faire pour contourner le message. Notamment par la subtilité, il faut jouer, à mon sens avec la finesse et les figures de styles. Quand tu prends l’exemple d’ « Amère thune » (morceau de Farkad), il y a un « gros » message sur l’argent. Sans être vulgaire, sans dénoncer quoique ce soit à proprement dit. C’est en quelque sorte, l’art de manier les mots pour que ça passe, pour justement transmettre un message sans que celui-ci soit censuré. Parfois, le fait de procéder ainsi, le message en devient plus impactant. Sans pour autant rentrer dans un rapport de force, c’est juste parler haut et fort quand il le faut.

Du point de vue de l’association, comment appréhendez-vous le fait d’être aux Quartiers d’Été ?

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Mickaël : Je vois la perspective d’un champ d’action. Pour nous, Quartiers d’été, c’est un peu particulier car il y a une prestation sur scène portée par certains de ses membres, Farkad Rémi Zuka et Nawas. Les années précédentes, l’association était dans la gestion de scène ouverte comme l’   » Open Mic « . De ce fait, l’appréhension et la visibilité n’était pas la même. Cette année, on est dans une optique d’être plus proche du public avec ces trois artistes.

Entre Hip Brid #2 et Quartiers d’Été, qu’est ce que vous retenez? qu’est-ce qui a changé ?

RZ : Je trouve qu’il y a une dynamique qui se crée, une dynamique vraiment positive. Cette édition, est de mon point de vue la meilleure, car nous sommes présent en tant qu’association pour faire des ateliers et organiser l’ « Open mic » , mais aussi en tant qu’artiste sur scène.

Farkad : On acquiert un peu plus de crédibilité, dans le sens où l’on accompagne des personnes lors d’ateliers d’écriture. Par la suite, on montre à notre tour qu’on rappe, les gens s’aperçoivent qu’on sait de quoi on parle et pour eux, c’est rassurant.

Avez-vous des projets d’avenir pour l’association  ?

Farkad : Oui, on vient de créer un poste de salarié, celui de Rémi. L’idée serait de créer d’autres postes et de faire passer Rémi à temps plein. De plus, cette année, on a Mickaël qui est arrivé en service civique. Quand on se dit  » pro « , il faut se donner les moyens et les valoriser au mieux. En termes de projet, il faut aller encore plus loin dans les événements que l’on gère en autonomie comme Hip Brid. Renforcer nos partenariats, mettre en avant nos propres créations, en continuant d’accompagner les jeunes lors d’ateliers. Par la suite, créer pourquoi pas, un projet de label. Pour ma part, je sors un deuxième album prochainement.

RZ : S’étendre et développer un collectif. Il faut du temps, avec l’association on s’est prit des claques. Aujourd’hui, on n’a plus de temps pour rigoler, on a des familles, on sait aussi ce qui est possible de faire, car il y a tellement d’axes à explorer. Depuis 4 ans, Démozamau accompagne des collectifs sur scène, c’est un tout, une dimension sociale et un déliage de langues. Il ne faut pas se mettre de barrières, on a l’opportunité de rencontrer Lino, à quoi bon demander l’autorisation, on tente ! Et il a kiffé (rires).

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Remi zuka en compagnie de Lino

Est-ce qu’il y a une partie de Rémi Zuka qui aime mettre l’ambiance ? 

RZ : Oui carrément, j’adore. C’est aussi un travail de MC de savoir chauffer les gens, c’est l’un des piliers du maître de cérémonie. Au-delà de ça, c’est quand même plus valorisant pour un rappeur de sentir que les gens sont dans le mouvement, qui bougent, qui dansent, qui chantent. Plutôt que des gens qui regardent leurs portables, leurs montres… 

Est-ce que parfois vous appréhendez le fait d’être rappeur un soir et transmetteur de savoir le lendemain ?

RZ : J’ai un couteau suisse (rires). Ce n’est pas toujours évident mais en même temps c’est nécessaire. C’est en transmettant par l’animation que l’on se découvre en tant qu’artiste ! C’est à travers ce partage qu’on se rapproche de notre public et que l’on crée des liens authentiques. C’est important que le public ait connaissance de la manière dont on arrive sur scène. Si les artistes ne prennent pas la peine de se rapprocher de leur public, ça devient rapidement des artistes élitistes, ce n’est même pas la peine.

En parlant d’artistes élitistes, qu’est-ce que vous pensez du rap médiatisé ?

Farkad : Il en faut pour tout le monde. J’aime bien me tenir informé de ce qui se fait et de pourquoi ça plaît ! Il y a une réalité, on ne fait pas la même musique, les choses que l’on peut proposer à notre public sont différentes.

RZ : Personnellement, je regarde très peu la télévision, tout simplement parce que ça me saoule. Pour moi, les rappeurs qu’on nous donne à voir, sont certes des rappeurs, mais ils n’ont pas ce côté Hip-hop. En revanche, il y a des contre-exemples, comme Akhenaton, Youssoupha, Oxmo, Lino …

Et selon toi, ces rappeurs là ne sont pas assez mis en avant ?

RZ : Si, ils sont mis en avant, mais ce ne sont pas les ados de 15 ans qui iront les écouter. L’industrie du rap se fige beaucoup par rapport au public dit jeune. Après, il faut bien du rap pour tout le monde, s’il y a des gens qui kiffent bouger sur du Gradur, c’est tant mieux !

Et vous, dans les ateliers, comment vous proposez de guider les jeunes rappeurs en herbe ?

Michael : Avec Booba ! (rires)

Farkad : Je pense que pour faire de la bonne musique, quand t’es rappeur, il faut prendre conscience qu’il n’y a pas que le rap. Il faut s’ouvrir à d’autres styles de musique. Les origines du rap c’est le jazz, la soul.

RZ :  On a tendance à croire que les jeunes écoutent de la merde, attention, ce n’est pas vrai, on est souvent surpris ! On essaie de les guider en fonction de ce qu’ils aiment, on essaie de savoir pourquoi ils aiment cette musique et pas une autre. C’est une simple discussion avec chacun d’entre eux, ça sert à rien de leur dresser un catalogue de ce qu’il faut qu’ils écoutent. .

Vous adressez-vous à une cible en particulier dans vos textes ?

Farkad : je n’ai pas de cible, tout le monde est visé. 

RZ : J’essaie d’être précis dans l’ouverture. Ca ne me gêne pas de chanter devant un public lors d’un festival, ou dans un hôpital pour des enfants, il faut diffuser un message ouvert et accessible à tous.

Farkad, tu disais tout à l’heure que sortais bientôt ton album … 

Farkad : Effectivement, c’est bientôt la sortie de mon deuxième album. Le précédent date de 2009, sur lequel j’avais convié pleins d’artistes dont mon frère Nawas, qui nous accompagne lors des différents rendez-vous de Demozamau. Sur le nouvel, il y a un morceau « Amerthune » avec Narcisse Rap, qu’on a clippé récemment. Réalisé par un très bon réalisateur rennais (Aurélien Loevenbruck). Il y aura des collaborations avec Rémi Zuka, Mickaël, Nawas, Freeman qui faisait partie du groupe IAM, Boss One du 3ème Oeil et peut-être Marginal Sosa. C’est un projet entre Rennes, Paris et Marseille, il y a des beatmakers de partout.

Remi et Mickaël, vos projets perso ? 

RZ : j’ai des projets en gestation, je prends le temps, je vais sûrement sortir une chanson sur le Rwanda. J’enregistre ces derniers temps.

Mickaël : j’ai toujours des projets, notamment avec un musicien rennais. Actuellement, c’est en « stand by » car on a des travaux chacun de nos cotés. Sinon je bosse avec un flûtiste pour des collaborations. En février, je pars faire un voyage en Colombie pour faire des portraits de musiciens. Je m’enrichis culturellement parlant.

Un mot pour le P’tit Rennais ? 

Mickaël : Une grosse motivation, un intérêt commun et beaucoup de curiosité, vous êtes au top, très bonne rencontre humaine.

RZ : Très belle rencontre aussi bien sur le plan professionnel que personnel. Il y a beaucoup d’âme dans ce que vous faites, je pense que ce que vous faites a beaucoup de sens !

Farkad : une rencontre très naturelle, une grande réaction positive dans l’écoute et dans le soutien.

Retrouvez Farkad et Remizuka vendredi 04 septembre au Bar’hic pour la Raggamuffin session 4 !

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