INTERVIEW DE LA SEMAINE #17 : NICOLAS LEBON

INTERVIEW DE LA SEMAINE #17 : NICOLAS LEBON

Nicolas Lebon, coordinateur de la tournée des Trans Musicales a répondu à nos questions. À une semaine de l’événement incontournable de la région, on discute bien évidemment du festival, de sa vision sur la scène rennaise mais aussi de Booba.


Peux – tu te présenter?

Je coordonne l’accompagnement artistique ainsi que la relation aux associations pour l’ATM (Association Trans Musicales). L’ATM gère également la saison de l’Ubu à l’année, qui présente environ 90 dates. La moitié de ces dates correspondent à la location à des associations locales. Dans le cadre des Trans Musicales, je coordonne tout le dispositif d’accompagnement qui est mis en place pour les artistes ainsi que la tournée des Trans.

Comment se déroule la tournée des Trans ?

La tournée des Trans existe depuis 15 ans. C’est un des outils du dispositif d’accompagnement de l’ATM. Il y a tout un programme d’accompagnement autour. De janvier à mai, Jean Louis Brossard (programmateur des Trans Musicales) se tient au courant de ce qu’il se passe sur la scène rennaise, soit par des écoutes de disques ou bien des liens internet. Les groupes qu’il n’a pas pu entendre, on leur propose une journée d’audition à l’Ubu. 

En tant que coordinateur artistique, es-tu présent lors de cette journée d’audition ?

Bien-sûr. En fin de journée les groupes font un filage pour Mr Brossard. Suite à cela, le programmateur fait son choix final et décide des groupes régionaux qu’il a envie de programmer ou non pour le festival. Si certains d’entre eux ne sont pas accompagnés par des structures de la région, on déclenche un dispositif d’accompagnement pour ces artistes. On fait un état des lieux de leur projet, on organise des ateliers d’informations avec des thématiques comme  » l’environnement de la musique aujourd’hui », « Qu’est-ce qu’un tourneur ? »,  » Qu’est-ce qu’un label ? ». Ce sont des parties théorique très importante qu’il faut connaître, tu ne peux pas évoluer dans ce milieu en se focalisant uniquement sur la musique. 

Ensuite, il y a des journées de répétitions à l’Ubu. Trois jours de répétitions rémunérées où les groupes mettent en place le concert qu’ils vont produire durant l’événement. Au mois de novembre arrive la tournée des Trans, avec trois dates de concert minimum par artiste accompagné.

Les concerts se déroulent essentiellement dans le Grand – Ouest n’est – ce pas ?

Oui, il y a tout un panel de salle partenaire qui nous accueillent tous les ans. Les villes de Caen, Nantes, Vannes, Morlaix, Saint – Malo en font parti. 

trans

Peut – on dire que les Rencontres Trans Musicales sont en quelque sorte, un tremplin pour les artistes ?

Dans un certain sens oui, mais pas le sens que l’on entend régulièrement. Il y a un choix assumé du programmateur qui décide si le groupe est bon et si le groupe est prêt. C’est la différence d’un tremplin où tu remets le choix à un public, un jury qui vont voter pour un artiste. 

Une anecdote à partager sur les Trans Musicales ?

Cette année, il y a le groupe Khun Narin’s Electric qui est programmé pour les Trans. C’est un groupe thaïlandais qui, au sein de leur pays, sont assez isolé. Ils ne sont jamais sortis de leur province. Au mois de décembre, ils débarquent en France, c’est la première fois qu’ils prennent l’avion par exemple. Tous les ans, un pot est organisé avec le maire de Rennes, il a fallu leur expliquer ce qu’était un « maire », ils ne partagent pas du tout nos codes culturels. Ils sont terrorisés à l’idée du froid, un anorak ? il ne savait pas ce que c’était. C’est tout nouveau pour eux ! Il y a une vraie aventure humaine qui va se dérouler. Ce sont des artistes qui vont quitter leur ville, leur pays, leur région pour la première fois de leur vie, ils vont arriver dans l’enceinte d’un festival alors que d’habitude, ils jouent dans leur village. C’est drôle parce que des groupes comme celui-là, il y en a de temps en temps aux Trans. Humainement, c’est une grande richesse pour le festival.

J’ai comme l’impression que les Trans Musicales ressemblent à une grande aventure humaine.

Oui bien-sûr, ça a toujours été le cas. Depuis 1979, le nom du festival n’ait d’ailleurs pas innocent, il s’appelle « Rencontres Trans Musicales ». Ce sont des rencontres autour de la musique mais pas que. Il y a un mélange de cultures, de public et d’artistes. On compte près de  60 000 personnes sur les 3 jours du festival. Aujourd’hui les Trans Musicales font figure d’ « institution »,  la notion de « rite de passage » a même été évoqué. 

Qu’entends – tu par « rite de passage » ? 

Dans l’imaginaire populaire rennais : « tu n’es pas encore un vrai rennais si tu n’as pas fait les Trans ». Comme quoi l’événement est ancré dans la culture rennaise. C’est un rendez – vous incontournable.

Une journée dans la peau d’un coordinateur artistique, ça donne quoi ?

Je me lève, je vais me laver les dents, ensuite je prends mon petit – déj  avec une brioche et un citron pressé (rires). Plus sérieusement, arrivé au bureau, j’ouvre ma boite mail, je remets à jour le calendrier de l’Ubu avec toutes les demandes des assos’ pour les mois à venir. Actuellement, de nombreuses réunions ont lieu dû à l’approche du festival. 

La ville de Rennes regroupe de nombreux artistes, quel est ton point de vue sur la scène locale ?

C’est une scène qui est large, riche, et très dynamique. Il y a plein de musiciens avec plein de styles différents. C’est plutôt remarquable comparé au nombre d’habitant que possède la capitale bretonne. 

Que penses – tu de la ville de Rennes de manière générale ?

Je me suis installé en 2006, je vivais dans l’Est de la France auparavant. Arrivé ici, je m’y suis tout de suite à l’aise. Rennes par rapport à sa taille, a une offre artistique et culturelle conséquente. Le dynamisme associatif est important car il produit les 3/4 des actions culturels. 

Quel(s) genre(s) de musique écoutes – tu  ?

Je suis plutôt branché rock et pop/rock. Dans les vieux classiques, j’aime bien Mogwai mais aussi la musique africaine des années 70′. J’ai connu une période rap durant mon adolescence, mais je suis vite passé à travers car je trouve que le Hip – hop français tourne en rond.

Tu ne dois pas être très fan de Booba

Pour moi c’est beaucoup de « bling bling », avoir des grosses voitures et n***** des b***** . Je ne me retrouve pas dans ces chansons, je préfère ma génération avec IAM. Je trouve que c’était une période un peu plus intéressante que ce que l’on nous donne à voir et à entendre. 

L’industrie musicale a – t – elle changé selon toi ? 

Oui car les labels avaient tout le pouvoir avant et maintenant ils ne l’ont plus vraiment. Aujourd’hui, ils ne vendent plus beaucoup de disques parce que de nouvelles plateformes numérique sont en train d’émerger et de rafler la mise. 

Enfin, impatient d’être au Trans ?

Oui. Pour moi les Trans commencent demain (ndlr : 12 novembre) avec la tournée des Trans ! 

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