INTERVIEW DE LA SEMAINE #8 : JACQUES & EDGAR

INTERVIEW DE LA SEMAINE #8 : JACQUES & EDGAR

Originaire de Morlaix et passionné par la musique électronique, Jacques & Edgar a récemment posé ses valises dans la capitale bretonne.


Pourquoi avoir choisi la ville de Rennes ?

J & E : J’ai choisi la ville de Rennes pour la culture, les événements. J’ai commencé par une année en Musicologie à Rennes 2, ça ne m’a pas vraiment plu même si je pratiquais tous les jours un instrument. Arrivé chez moi, je n’avais plus envie de jouer de la musique. Maintenant, depuis que je suis en Usetic,  j’ai beaucoup plus cette envie de pratiquer.

Que penses-tu de la capitale bretonne? 

J & E : Rennes est une très belle ville avec beaucoup d’artistes qui ont du potentiel. Ca bouge pas mal entre des organismes comme la Midi-deux, Texture, La Tangente..

Quand as-tu commencé la musique électronique ?

J & E : J’ai commencé à faire de la musique électronique quand j’ai acheté ma première Platine CD à l’âge de 12 ans. Je l’ai acheté sur un coup de tête en écoutant du Bob Sinclar et du David Guetta (rires). Je ne savais pas du tout comment elle fonctionnait. L’année suivante, j’ai acheté une platine vinyle, c’est à partir de ce moment là que j’ai commencé légèrement à mixer, mais j’ai vite abandonné parce que je ne comprenais rien, la musique électronique ne me parlait pas plus que ça. Suite à cela j’ai commencé à faire de la basse avec des amis (Nino – Gauthier – Mr.TouNu). On a monté un groupe de rock à partir de la 4ème et ce jusqu’à la Terminale. On a fait pas mal concerts, surtout dans notre ville. On a dû s’arrêter parce que certains membres du groupe sont allés étudier dans une autre ville. La musique électronique a réellement débuté quand j’ai acheté mon ordinateur à la pomme croquée juste avant de rentrer à l’Université. Je voulais vraiment produire quelque chose musicalement en l’achetant, mais encore une fois, je n’y connaissais rien, j’avais juste quelques bases en jazz et en piano.

Qu’apprécies-tu dans la musique électronique ?

J & E : La sensation que tu peux tout faire, tout produire. De la techno, de la house en passant par la Trap. J’écoute toujours du jazz mais ça me touche moins car je ne travaille pas la matière au quotidien. La musique électronique m’aide à me trouver moi-même. Elle m’aide à développer les sentiments que j’ai à l’intérieur de moi. Comme chaque musicien qui exprime ses émotions via la musique.

C’est un peu comme une drogue non ?

J & E : Oui, c’est hyper addictif. Quand je suis dans ma chambre, je ne vois pas le temps passer. Parfois, je peux passer des heures sans manger, sans dormir (rires).

À quel style appartient la musique que tu produis ?

J & E : J’ai beaucoup de mal à me baser sur un style car j’écoute beaucoup de musique comme de la house, de la techno ou encore de la psytrance. Quand j’ai découvert les logiciels de MAO, j’ai vachement galéré (rires). A force triturer deux heures, quatre puis six heures, tu commences à comprendre le fonctionnement. Plus le temps passe, plus tu acquiers des compétences en technique, plus tu acquiers ces compétences plus tu peux te permettre une fois acquis, de trouver un style, une patte, ce que je n’ai pas encore trouvé d’ailleurs.

Pourtant, ça fait deux ans que tu pratiques non ?

J & E : Certes, mais comme je le disais tout à l’heure, je m’intéresse à un large panel de style de musiques électroniques. Ce qui me donne beaucoup de mal à me baser sur un style défini. J’essaye de reproduire ce que j’entends et de le mettre à ma sauce. Il y a beaucoup d’influences dans les sons que je joue, cela s’entend d’ailleurs. Mais il y a toujours cette patte personnelle qu’il faut que je développe.

Comment prépares-tu un set live ?

J & E : Au feeling (rires). J’ai deux choix, soit je reprends des morceaux que j’ai déjà produits, j’essaye donc de les redécouper, de les remettre en ensemble. Cela implique de refaire les transitions, les débuts et les fins de morceaux, c’est assez compliqué. Ou alors, je prends une page vide, et chaque jour, je la complète.

Quel moment préfères-tu dans un set live ?

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J & E : Le moment où tu sens que les gens viennent à ébullition, quand tu sens qu’ils prennent du plaisir. Si ton set est bien construit, à un moment donné, les gens vont fermer les yeux et ne plus se rendre compte qu’il y a une personne qui joue en face d’eux. Tu n’es plus sur scène pour te représenter toi, mais pour représenter ta musique. Les gens ne réagissent plus à la gueule que tu as. Quand tu dépasses cette barrière, c’est absolument jouissif. Ils suivent tes drops, telles ou telles progressions, au millimètre près.

Au millimètre près ? Il ne faut pas se tromper alors, tu dois avoir beaucoup de pression avant et pendant tes prestations ?

J & E : C’est vrai qu’il y a de la pression, mais on reste des amateurs. On n’a pas un cachet de 10 000 balles à chaque fin de soirée (rires). On ne se prend pas la tête, l’essentiel est de produire le meilleur de nous-même. On se produit avant tout pour faire plaisir aux gens et aussi pour se plaisir à nous. C’est autre chose que de passer au Rex ou à la Concrète!

Le Rex et la Concrète ? Ce sont des clubs qui seraient susceptible de t’intéresser si tu progresses à l’avenir ?

J & E : Je ne dirais pas non si on me propose (rires). J’estime encore avoir besoin de maturité dans ma tête et dans la musique pour progresser. Si aujourd’hui, on proposait d’aller mixer à Paris je dirais oui, mais pas tout de suite.

En parlant de club, tu t’es produit au Coatelan Club avec ton collectif, lieu où de nombreux artistes reconnus comme Daniel Avery, Madben sont passés….

J& E : Coatelan a commencé par être un lieu où on allait écouter nos artistes préférés avec les copains. Il y a tous les styles confondus, bien que la prédominance pour les musiques électroniques s’y fasse sentir, la faute à Panoramas. Daniel Avery, Stand High Patrol, Vandal, Madben, Salut C’est Cool pour ne citer que cette année. C’est un peu le défouloir du coin aussi, étant donné que c’est la seule boite potable à 50km à la ronde. Puis on a fini par rêver d’y jouer parce que c’était quand même un peu la classe. Suite à une petite soirée organisée dans un bar de Morlaix, la patronne de ce club a demandé à Mr.TouNu si nous étions d’accord d’organiser un petit événement dans sa salle. Bien évidemment qu’on l’était.

Les préparatifs doivent demander beaucoup d’organisations…

J & E : Oui, beaucoup de choses rentre en compte comme la vidéo, le son. On fait tout nous même donc c’est un peu long mais très stimulant. De manière générale, les soirées se passent plutôt bien.

À l’avenir, aimerais-tu créer ton propre label comme beaucoup d’autres le font, vous avez déjà trouvé un nom je crois, « La Menuiserie »?

J & E: Pour l’instant nous n’avons pas la volonté absolue d’en créer un, petits artistes en herbe que nous sommes.  En revanche, une fois l’association mise sur pied, la Menuiserie sera un collectif réunissant tout ceux qui prônent la prestation live, en particulier dans les musiques actuelles. Par le biais de cette association, on ira battre la route (bretonne pour commencer) pour y présenter nos poulains et faire danser les gens.

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Préfères tu écouter ou produire de la musique électronique ?

J & E : J’adore être en concert à écouter des DJ, mais par moment je lève les yeux et je me dis : « Tiens j’aimerais bien être à sa place » (rires) . Étant donné que cela m’est impossible, je referme vite les yeux et je repars dans l’ambiance de la soirée.

Tu baignes dans la musique éléctronique depuis maintenant 2 ans, tu dois surement apprécier des festivals régionnaux comme Astropolis ou Panoramas ?

J & E: Tu connais l’histoire d’Astropolis ?

Comment ça ?

astropolis-617x244A la base, le festival était illégal, c’était une des premières rave party de France. Ils ont dû l’arrêter pendant deux ou trois ans. Avec le soutien de la mairie de Brest, ils ont réussi à en faire un festival de musique. Astro’, c’est spécial pour moi, j’y étais bénévole il  y’ a deux ans et j’y ai rencontré énormément de gens très sympathique. J’aime ce festival, l’ambiance est géniale et musicalement parlant c’est une tuerie ! Il  y’ a énormément d’artistes qui se sont produits comme Manu le Malin, Ben Klock, Birdy Nam nam, Max Cooper, Electric Rescue, Garnier, Jeff Mills,  Tale Of Us, Stephan Bodzin, Carl Craig, je pourrais t’en citer d’autres…

Et Panoramas ?10626351_10152417254791496_2749395736603374278_o

J & E : Panoramas, c’est différent parce que c’est chez moi (rires). C’est tout aussi bien, il y a aussi une très belle programmation, cette année il y a des artistes comme Kaytranada, Möd3rn, Boris Bredja, Blutch, Alesia qui se produisent, j’y serais en tant que bénévole cette année. La différence est que le public de Panoramas est plus jeune qu’Astropolis, et peut-être moins axé sur la techno qu’Astropolis, plus ouvert aux différents styles en électronique.

Justement, tu es allé à Astropolis l’hiver dernier et tu as participé à la Master Class avec Maxime Dangles, tu peux m’en dire quelques mots  ?

J & E : La Master Class était un cours sur un logiciel de musique très connu, un cours particulièrement centré sur le mixage des pistes. Nous étions chacun sur nos ordinateurs, Maxime nous expliquait comment il organisait son set live, comment il mixait en live, remastérisait ses sons, il nous donnait des références en instruments virtuel, vraiment plein de trucs en tous genres. Il nous a expliqué énormément de choses, ça m’a permis d’économiser au mois un an de tâtonnement. Le lendemain, je le voyais jouer en concert, ce qui te rapproche vachement du milieu artistique, qui n’est pas si fermé qu’on le prétend.

Tu as dû en apprendre beaucoup, d’où viennent tes inspirations ?

J & E : Avant, j’étais plutôt tourné vers de la techno psychédélique, techno assez dark, sans gros kick, une techno assez mélodique à la Dusty Kid. Après, je me suis orienté vers une techno un peu plus crue dans le sens où il y a moins d’éléments. Aujourd’hui, je me suis plus centré dans une techno house, bien old school des années 90, à la Jacob B. Bien que ces inspirations soient en constante évolution.

Aimerais-tu en faire ton métier ou alors c’est purement du loisir ?

J & E : Pour l’instant, c’est purement du loisir parce que je suis à l’Université, je préfère me concentrer sur mes études. Si je m’en foutais, je passerais mon temps sur l’ordinateur à geeker sur Ableton (rires).

À part la musique électronique , t’inities-tu à d’autres formes d’art ?

J & E : Je suis nul en dessin (rires). A part la musique non, elle prend tellement de temps, sinon  contempler toutes formes d’art comme la poésie, la peinture. Je lis beaucoup aussi, je ne peux pas m’endormir sans avoir lu un bouquin. Récemment, j’ai terminé « Voyage au bout de la nuit », sinon j’ai lu Nietzsche, Boris Vian…

Et en ce moment ?

« Roi des Aulnes » de Michel Tournier.CVT_Le-Roi-des-Aulnes_4493

Quelles sont tes envies pour le futur ?

Ja& E : Avoir mon année déjà pour commencer.

Le meilleur moyen selon toi pour débuter dans la musique électronique ?

J & E : Ecouter beaucoup de musique, tous les jours au moins 200 morceaux par jour (rires). Plus sérieusement; persévérer, avoir du temps à perdre et savoir le gérer.

Crédit Photo : Hervé Ronné

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