Le rock a-t-il perdu de sa valeur ?

Le rock a-t-il perdu de sa valeur ?

Provocation, outrance, transgression, subversion, esprit contestataire et rebelle. Des mots bien sentis qui illustrent une légende encore bien vivante. La culture rock fut l’essence, le tube à essai d’une nouvelle société et laissa une emprunte indélébile dans le temps et sur les générations.


Phénomène culturel majeur du 20ème siècle, le rock voit le jour aux États-Unis dans les années 50 pour s’exporter très rapidement en Grande-Bretagne et dans la reste de l’Europe. Au fil du temps, il revêt des formes d’expressions diverses, se transformant encore et toujours pour devenir, de nos jours, ce que l’on connaît : un genre complexe, multiformes sinon transgénérationnel.

Dans une approche plus empirique, intime, lorsque l’on évoque le rock, nous y associons, pour les plus fervents, une démarche et un attachement qui nous sont propres. Il nous ramène à des émotions, des sensations, quelqu’un ou quelque chose… d’impalpable.

Une communion de l’esprit et des sens, un sentiment d’extase ?

On l’écoute, on le ressent. Pour certains c’est une véritable appartenance à un groupe, un acte engagé où l’état d’esprit flirte avec une jeunesse aujourd’hui « cultivée », plus consensuelle, édulcorée, calibrée  par des décennies de musiques rock. Une jeunesse qui a tout et tout de suite, qui épouse à merveille cette culture de rupture et cet esprit rebelle à la fois cool et sauvage. Une jeunesse qui ne fut pas marquée par le rigorisme et le traditionalisme anglo-saxon des 60’s. Une jeunesse qui n’a pas eu besoin de se battre…

Point de luttes et de combats sur fond de révolution sexuelle et sociale. Le rock, qui revendique son statut de symbole intemporel de liberté, d’anticonformisme, fut jadis le lit d’un changement qui a profondément bouleversé une société, une époque et représentait précisément le contraire de la culture, un rejet assumé et réciproque.

« Aller à un concert des Doors dans les 60’s, c’était un acte politique et subversif, on risquait la prison, on était vraiment en train de changer la société. Aujourd’hui, un concert des Strokes, je trouve ça génial, mais ça n’a rien de plus subversif que d’aller voir la Traviata à l’Opéra Garnier. »  Benoît Sabatier

Une culture populaire ou élitiste ?

Plusieurs questions viennent à l’esprit lorsque l’on évoque la place de ce courant musical dans notre société.. Qu’est ce qui motive son écoute ? Quelle utilisation permet-elle ? Quel plaisir simple et immédiat procure-t-il ? Ne faut-il pas être dans un certain état d’esprit ? 

Peut-on légitimement avancer que ce courant musical peut s’apprécier à sa juste valeur sans de solides bases et références historiques, sociologiques ou musicologiques ?

Quelle place lui donner aujourd’hui dans notre espace culturel individuel et collectif ?

Et finalement, conformiste… ?

La culture rock, serait-elle devenue le modèle de notre société ? Autrefois érigée en monument à la gloire du rejet de la culture dominante ; Il suffit en 2015 de lever les yeux vers nos chers panneaux publicitaires pour se rendre compte que la société toute entière agit en véritable levier marketing et commercial. La sève, l’idée brute elle-même incarnée par ces artistes qu’on pourrait qualifier de rebelles, écorchés vif, bruts de pomme (Somme toute, des gens vrais, qui ont du goût, du relief si vous préférez, de la trempe, parfois de la gouaille ou quelque chose à raconter et qui n’ont pas peur de le dire !) est habilement et massivement reprise dans nos campagnes publicitaires mais également par les artistes eux-mêmes qui cultivent et construisent parfois leur personnage comme on bâtirait un business plan. Adieu envolées lyriques sous l’emprise de stupéfiants, provocations et rejet de cette société consumériste. Artistes, consommateurs, publics divers, tout le monde est au diapason.

Alors, oui il est peut-être temps d’admettre l’épuisement de la fonction sociale du rock’n’roll, baby…

«… la banalisation de son écoute tout autant que sa commercialisation absolue, accepter qu’il ait à la fois perdu son aura originelle et que plus que jamais il repose sur l’exploitation outrancière de quelques icônes usées jusqu’à la trame, mais aussi dépasser ces constats désabusés et pessimistes pour essayer de retrouver, aujourd’hui, sans nostalgie, la trace de l’étincelle subversive, du clin d’œil rageur qui nous avaient tant séduits. »

Extrait de « La culture rock, que reste-t-il de nos amours rock ? » Claude Chastaigne

À lire absolument « Nous sommes jeunes, nous sommes fiers », également paru sous le titre : « la culture jeune », de Benoît Sabatier

À écouter sans attendre :

Rock And Roll Night Club, le premier album de Mac Demarco chez Captured Tracks sorti en 2012. A l’image du personnage, un album déjanté, envoûtant, un peu psyché, des textes parfois loufoques parfois sensibles, avec une voix de crooner qui donne à l’ensemble beaucoup d’humour, merci Mac, tu es trop cool : )

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