Un périple humanitaire à 5 000 kilomètres de chez nous

Un périple humanitaire à 5 000 kilomètres de chez nous

Si on partait en Afrique ? Après avoir quitté la ville Rennes pour rejoindre Lille, Antoine nous raconte son voyage humanitaire au Burkina Faso.


Qu’est ce qui t’a poussé à partir au Burkina Faso ?

Après une première expérience entre 2010 et 2012 dans le cadre d’une association de mon lycée, je cherchais vraiment à me réinvestir dans le secteur de l’humanitaire. Ce n’est que cette année qu’il m’a été donné l’opportunité de le faire, avec Schola Africa.

Justement, parles nous de l’ association « Schola Africa » ?  

Schola Africa est une association humanitaire étudiante née en 2000 de la rencontre entre un étudiant de l’Edhec et un directeur d’école burkinabè, Karim Gomina. Chaque année, nous sommes une trentaine d’étudiants de l’Edhec (Lille) à faire vivre et évoluer le projet. L’association œuvre au Burkina Faso dans la région de Bobo-Dioulasso, pour la scolarisation des jeunes enfants (niveau primaire), et ce en milieu rural, là où les besoins sont les plus importants. Concrètement, notre action se traduit par le financement de la construction de salles de classe, le chantier de la 17ème va bientôt débuter. Par le biais du financement et de la gestion d’un centre de formation à la couture, une action est également menée auprès des jeunes femmes burkinabè en leur offrant la possibilité d’obtenir un diplôme reconnu par l’Etat, et ce à la suite d’un cursus de 3 ans. Schola Africa, c’est aussi une importante action de sensibilisation menée en France, notamment par le biais de différents partenariats avec des collèges et lycées de la métropole lilloise. Échanges épistolaires, roman photo contant le quotidien des élèves burkinabè et français, interventions plus générales sur l’engagement humanitaire, autant d’activités permettant à l’association de partager ses valeurs auprès des plus jeunes !

Arrivé à bord, comment ce sont passés les retrouvailles avec le continent africain ? 

Ce n’est vraiment pas évident à décrire ! Si je ne devais choisir qu’un mot, ce serait « excité ». Excité d’être de retour sur ce continent 5 ans après ma première mission humanitaire, excité aussi à l’idée du travail à accomplir durant le mois à venir, concrétisation d’une année d’investissement, excité surtout de savoir que les prochaines semaines seraient à coup sûr, inoubliables.

Comment s’organise la construction d’une école, les travaux ainsi que la mise en place des professeurs ?

Dans le cadre de Schola Africa, on intervient dans le respect de plusieurs valeurs fondamentales. L’une d’elle suit cet adage : « si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toute sa vie ». Notre but est donc d’impliquer au maximum les populations locales dans la construction de nos écoles : par exemple, il est convenu que les villageois se chargent de rassembler les agrégats nécessaires au chantier (gravier, sable, eau). Ces matériaux de base représentant un coût important pour eux, nous nous assurons ainsi de leur réelle motivation à envoyer plus tard leurs enfants à l’école, une fois qu’elle sera construite. Cette manière de procéder est également un moyen pour nous de faire en sorte que les villageois s’approprient nos projets, en comprenant les enjeux. À terme, l’école financée par Schola Africa leur apparaît comme leur école, née d’un réel besoin en scolarisation qu’ils nous ont indiqué, et non comme quelque chose imposé de l’extérieur. Dans l’optique de promouvoir ce concept du développement participatif, il est également fait appel à la main d’œuvre locale pour effectuer les travaux nécessaires. L’idée est en effet de solliciter autant que possible l’économie de la région au travers des divers investissements réalisés par l’association. Pour ce qui est de la mise en place des professeurs, c’est l’administration burkinabè qui s’en charge. En effet, les salles de classes construites deviennent ensuite propriété de l’Etat, ce qui ne nous empêche pas cependant d’opérer un suivi rigoureux de ces dernières lors de nos missions.

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« Schola Africa » met – elle en œuvre d’autres projets afin d’aider et de sensibiliser la population sur place ?

En complément de ces deux grands axes que sont la scolarisation et la formation professionnelle, plusieurs projets dits annexes sont en effet conduits chaque année, visant à apporter un tournant plus qualitatif  à notre action. Ces projets sont pensés et réfléchis dans l’optique de répondre à de réels besoins, constatés sur le terrain à l’occasion de nos trois missions annuelles au Burkina. Le projet Lampes Solaires en est un exemple : il consiste à attribuer à un groupe d’élèves une lampe, leur permettant de travailler le soir chez eux.  Jusqu’alors, du fait de l’absence d’électricité, ces derniers ne pouvaient pas faire leurs devoirs une fois la nuit tombée, ce qui était l’un des facteurs explicatifs de leur échec scolaire. 

Quelles sont les conditions de vie au Burkina Faso ?

Inutile de préciser qu’elles n’ont strictement rien à voir avec ce que l’on peut connaître ici ! Pour te donner une idée, le Burkina Faso occupe la 181ème place sur 187 au classement IDH. L’accès à l’eau et à l’électricité, l’accès à la scolarisation ou encore la situation sanitaire du pays restent des problématiques majeures, et ce particulièrement en milieu rural. Si l’enclavement du Burkina Faso ne facilite pas les choses, des progrès ont cependant été faits dans tous ces domaines. On sent que les choses bougent, et vite.

Dans le monde, les avancées technologiques sont flagrantes, où en est un pays africain comme le Burkina-Faso concernant ce sujet ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces dernières sont bien présentes au Burkina ! Bien sûr, un portable n’est pas à la portée de tous, un ordinateur encore moins, mais il n’est pas rare de croiser en ville un burkinabè un mobile à la main ! Le développement impressionnant d’un réseau de transfert d’argent via téléphone portable en est l’illustration parfaite. Encore une fois, la situation en zone rurale n’est pas la même, il existe un véritable écart avec les zones urbaines.

Partir à l’étranger est une super expérience, tu prends conscience que la vie ailleurs est tellement différente, en as-tu appris sur toi même, repars-tu une nouvelle fois changé ?

Un voyage ne laisse jamais indifférent. Si, inconsciemment, j’en ai effectivement appris sur moi même, j’en ai surtout énormément appris sur les autres. Lors de nos missions, nous avons la chance d’être logés chez Karim Gomina (co-fondateur de l’association). Ce fut certainement l’une des plus belles rencontres qu’il m’ait été donné de faire. Grâce à lui et à son expérience, nous n’étions plus simplement dans une démarche d’action, mais aussi et surtout dans une démarche de compréhension. Une compréhension à la fois du terrain et des hommes avec lesquels nous sommes amenés à composer, et dont est fonction le succès de nos projets à long terme. L’accueil chaleureux des burkinabè fait qu’on se sent vraiment à l’aise, et ce très rapidement ! Les sourires des enfants, les quelques mots échangés avec de parfaits inconnus, jusqu’aux longues discussions nocturnes avec Karim, autant d’amitiés plus ou moins éphémères donnant tout son sens au caractère « humanitaire » de ce voyage.

Voyage rime avec paysage, as – tu eu le temps de découvrir le pays ?

Même si nous n’avions pas vraiment le temps de faire du tourisme, nos nombreux déplacements dans la région de Bobo-Dioulasso nous ont amené à découvrir des paysages somptueux. Brousse, forêt tropicale, phénomènes géologiques impressionnants, bref le Burkina Faso est un très beau pays ! Pour ce qui est de la température, nous y étions au tout début de la saison des pluies, ce qui a « rafraîchi » un peu l’atmosphère. On tournait tout de même autour des 35 degrés.

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Y’a-t-il une rue, un bar, une école similaire à la ville de Rennes ? 

Haha pas vraiment non ! J’ai beau chercher, tout est vraiment très différent !

Une anecdote particulière à nous raconter ?

Des anecdotes, j’en ai des dizaines (rires) ! Difficile de n’en choisir qu’une… Un souvenir très marquant, notre participation au conseil d’un des villages dans lesquels nous agissons. Nous étions tous réunis autour de ce fameux « arbre à palabres » pour discuter de la répartition des tâches des villageois dans le chantier à venir de notre 17ème salle de classe. Un beau moment d’échange, très riche en enseignements pour chacun d’entre nous.

Si tu devais retenter l’expérience ? 

Oui, et avec très grand plaisir ! J’aurais peut-être l’opportunité de repartir dès l’année prochaine, si elle se présente à moi, je la saisirai sans aucune hésitation !

Un conseil aux personnes qui souhaiteraient partir au Burkina-Faso ?

N’hésitez plus, vous ne le regretterez pas !

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Review

9.2

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