Découverte de Pollen Studio avec sa fondatrice Laurence Schultz

Confinement oblige, c’est à travers une visio-conférence que se déroule notre rencontre avec Laurence Schultz, directrice et fondatrice du studio rennais Pollen Studio. A travers cet échange, nous allons découvrir comment se déroule le travail d’un studio de design graphique et en apprendre davantage sur la culture graphique. Leur dernier projet, la refonte de l’identité visuelle de l’Ecomusée de la Bintinais, sera également l’occasion de dévoiler bien des secrets sur la réalisation d’un projet créatif d’une telle ampleur. A la fin de cette interview, vous apporterez un regard neuf aux images qui vous entourent quotidiennement.


Pour commencer, comment avez-vous fondé Pollen Studio ?

Je n’aurais jamais imaginé monter une boite en arrivant sur Rennes. J’avais été salariée sur Paris. En arrivant en Bretagne j’ai donc commencé à chercher du travail en tant que telle. Le problème, c’est qu’il y avait surtout des agences de pub sur Rennes et nous ne faisions pas exactement le même travail. Je me suis donc mise en freelance pendant environ cinq ans, jusqu’à ce que je gagne des appels d’offres de plus en plus importantes. J’ai fini par monter le studio lorsque ces derniers ont commencé à devenir trop importantes pour moi toute seule. Petit à petit, j’ai embauché de plus en plus de personnes et, de fil en aiguille, le studio s’est développé.

Concrètement, quel est le cœur de métier de Pollen Studio ?

Nous sommes une agence de créations graphiques. Notre spécialisation, c’est l’identité visuelle. Nous effectuons des logos, des chartes graphiques, ainsi que tous les supports qui en découlent : rapport d’activité, affiches, flyers, infographies, motion design, etc. Notre cœur de métier, c’est vraiment l’univers de marque, c’est-à-dire tous les codes comme la typographie, les couleurs, les pictogrammes, la mise en page… Tout ce qui fait qu’on va reconnaître une marque.

Vous organisez également les Mardis Graphiques. Pourriez-vous nous en dire un peu plus à ce propos ?

Les Mardis Graphiques sont des conférences gratuites et ouvertes à tout le monde. Sur tous les participants, il y a à peu près pour moitié des étudiants (souvent en graphisme), l’autre moitié ce sont des professionnels de la communication (freelances, autres agences, chargés de communication…).

Comment se déroule un Mardi Graphique type ?

Il y a une première partie conférence où je vais parler d’un thème comme par exemple les identités de territoire. On va voir comment on fait son logo lorsqu’on est une Mairie ou une Communauté de communes. A chaque fois, on choisit un secteur d’activité et je présente pendant une demi-heure toutes les identités remarquables de ce domaine-là. C’est comme un cours magistral. Ensuite, il y a une partie table ronde où on invite à chaque fois un studio graphique à venir parler sur scène avec ses clients dans la thématique. Par exemple, la dernière fois, on a fait un Mardi Graphique sur les festivals et on avait invité Anthony Folliard de l’Atelier du Bourg et Séverine Létendu de Clair Obscur (qui gère le festival Travelling). Ensemble, ils avaient été invités à parler du travail qu’ils ont fait pour le festival Travelling. Ça permet au public de bien comprendre la relation entre le client et le graphiste.

Le but des Mardis Graphiques est-il donc d’ouvrir les personnes au monde de la culture graphique ?

Oui, c’est exactement ça. En fait, lorsqu’on est graphiste, on est souvent scotché derrière un ordinateur et on ne sort pas beaucoup. Ce n’est pas un métier qui prend beaucoup la parole et il n’y a pas beaucoup d’événements autour du graphisme en France. Parfois, on se retrouve aussi face à des clients qui ne comprennent pas forcément notre métier et qui ne savent pas ce qu’ils peuvent demander ou pas. Ils n’ont pas non plus forcément la culture nécessaire pour savoir dire si tel logo est intéressant ou non. N’importe qui peut dire « j’aime » ou « j’aime pas ». Tous les jours, nous voyons des images mais on n’apprend pas pourquoi telle typographie et autres éléments vont nous plaire et pas tels autres. C’est une espèce de culture visuelle. Notre but, c’est de montrer comment se passe le travail entre un graphiste et un client pour diffuser un peu de cette culture graphique et faire comprendre aussi au client comment travaille un graphiste, qu’est-ce qu’il peut apporter à une marque, etc.

Comment avez-vous été contactée pour votre dernier gros projet sur Rennes, la refonte de la charte graphique de l’Ecomusée de la Bintinais ?

C’était un appel d’offres public. Lorsque les institutions publiques (les villes, les mairies, la région Bretagne…) ont besoin de faire refaire une identité visuelle, elles sont tenues de faire un appel d’offre ou au moins de demander à trois prestataires différents un devis. C’est souvent comme ça que ça se passe, on n’est jamais choisi par des institutions qui viennent nous voir en disant « c’est vous qu’on veut, c’est vraiment génial ce que vous faites ». On est toujours mis en concurrence. Il y a donc eu deux étapes. D’abord, on devait faire un dossier de candidature en décrivant l’agence, comment on travaille, en montrant nos références… Ils présélectionnaient trois candidats et ces trois candidats étaient invités à proposer une création graphique pour l’Ecomusée. Les deux candidats qui n’allaient pas être retenus allaient tout de même être indemnisés pour le travail fourni. On a gagné parce que, parmi les propositions graphiques qu’on a fait, il y en a une qui a vraiment plu, à la fois aux gens de l’Ecomusée et aux gens de la métropole.

Le logo initial de la Bintinais a plus de trente ans. Le but était-il d’en refaire un qui soit davantage dans l’ère du temps ?

Alors, en effet, c’est sûr que le logo a vieilli puisqu’il avait été créé en même temps que l’Ecomusée. La demande était de le moderniser mais aussi d’arriver à exprimer, avec tout l’univers visuel, le fait que l’Ecomusée est fait de quatre éléments différents. C’est un musée qui expose l’Histoire de la ferme de la Bintinais, un parc, un conservatoire d’espèces d’animaux et de plantes menacées, une salle d’exposition temporaire et des ateliers/animations toute l’année. Il fallait qu’on reconnaisse la Bintinais avec la nouvelle identité, mais aussi qu’on se rende compte que l’écomusée, ce n’est pas un vieux truc poussiéreux, mais bien un musée d’aujourd’hui où il se passe des choses. C’est un lien entre ville et campagne. L’écomusée pose la question de comment les villes peuvent s’alimenter, quelle est l’agriculture contemporaine… La Bintinais travaille sur un ensemble de problématiques très actuelles et il fallait que l’identité visuelle soit très moderne mais en même temps qu’elle montre tout ce passé et cet héritage, à la fois sur la bâtiment mais aussi dans les pratiques agricoles.

Comment avez-vous trouvé l’inspiration pour réussir à dire autant de choses uniquement à travers l’identité visuelle ?

L’idée de faire une grande lettre B, comme la Bintinais est venue assez vite. En plus il y a un certain nombre de familles qui étaient propriétaires de la ferme de la Bintinais qui se sont succédées et il y en a plein dont le nom de famille commençait par la lettre B. C’était rigolo et ça tombait bien ! L’initiale permet de personnifier le musée. Le B est travaillé de manière très moderne. Un E accentué se cache dans le B pour signifier “écomusée” : si on prend les deux « yeux » du B, celui du dessus est un peu incliné, comme un accent, et ensuite il y a deux barres horizontales, ça fait comme un E subliminal. Le fait d’avoir une lettre très présente et forte permet d’être reconnu tout de suite alors que le logo de départ du musée de la Bintinais était très complexe et moins facile à reconnaitre et identifier de loin. Notre parti pris était que le B serve à la reconnaissance et que, derrière, il y ait tout un univers graphique très souple à utiliser, avec des dessins, des photos, des gravures, etc, qu’on peut assembler ou séparer. C’est avec l’univers graphique qu’on va parler de l’Histoire, du patrimoine, des animaux…

Pollen Studio se compose de quatre personnes, avez-vous travaillé à quatre sur ce projet ?

Dans le studio on est quatre, mais il y a vraiment deux personnes qui ont travaillé sur la Bintinais. Réjane Boucault était sur la partie identité, c’est-à-dire le logo, le système graphique, etc. Quant au visuel de l’affiche, c’est Juliette Lannou qui a fait l’illustration. Dans le studio, on travaille de telle manière que c’est celle dont la création est retenue qui va continuer à travailler dessus. Comme nous sommes toutes graphistes, on va pouvoir lui donner notre avis pour l’aider à s’améliorer. Ce n’est pas toujours facile d’être tout seul derrière son écran, au bout d’un moment, on ne sait plus vraiment ce qu’on doit faire. Le fait d’être quatre nous permet d’échanger nos idées, de s’entraider et d’améliorer les créations des unes et des autres.

La crise du COVID-19 n’a-t-elle pas compliqué votre travail ?

La crise du COVID-19 a compliqué un peu les choses, c’est sûr, parce que c’est plus difficile pour voir les personnes. On a donc fait beaucoup de visio-conférences et c’est plus difficile comme ça de réunir beaucoup de monde autour d’une table. Mais avec le projet de la Bintinais, on a eu de la chance parce qu’il était déjà bien lancé quand il y a eu le premier confinement. L’identité avait déjà été définie et la partie stratégique aussi. On les avait déjà aidés à faire le tri entre ce qui allait intéresser le client ou non avec des ateliers qu’on a pu faire avant le premier confinement. Pendant le confinement, on a continué sur la réflexion mais c’était une plus petite équipe et puis, en graphisme, on a quand même un métier où c’est facile de communiquer par écran. Donc ça va, c’était un petit peu plus compliqué, mais pas beaucoup plus compliqué. Nous on a vraiment besoin de voir nos clients au tout début, pour vraiment comprendre leur demande et s’en imprégner. Après, une fois qu’on leur a présenté la première création, qu’on en est à faire des allers-retours mais que la création, elle, a été validée, ce n’est pas grave si on ne se voit pas souvent.

Avez-vous une dernière chose à ajouter ?

C’était vraiment un super projet, on est hyper contentes d’avoir bossé sur l’identité de la Bintinais ! Ce n’est pas tous les jours qu’on fait l’identité d’un musée. On en a parlé lors d’un Mardi Graphique spécial le 24 novembre dernier, avec l’équipe qui a piloté le projet, et on va sortir un article sur notre blog à ce sujet. C’était vraiment un chouette projet et on a envie d’en parler et de le partager. On espère vraiment que d’autres organismes culturels vont nous faire confiance pour leur identité visuelle, on a hâte :).

© photo : Caroline Ablain

Written By: Anastasia Grunenwald

No Comments

Leave a Reply