23 avril, Salamanca

Des livres « confinés » pour revivre des légendes

Une rose et un dragon. Deux éléments suffisants pour nourrir une histoire qui se voulait être populaire dans les siècles précédents. Encore aujourd’hui, ce binôme ayant des sens multiples est considéré comme attractif aux yeux des infatigables dévoreurs d’aventures. Ces deux éléments de la nature fantastique et romantique sont les protagonistes de ce 23 avril.


Entre toutes les dates reconnues dans mon agenda, ce jour a une valeur considérable puisqu’il influence mes choix littéraires du reste de l’année. C’est une journée dédiée aux personnes qui tiennent des librairies ainsi qu’aux écrivains et écrivaines. Ces derniers consacrent leurs aveux les plus profonds dans l’écriture, puisant leur inspiration par le biais de rencontres sur les places, les rues et autres espaces ouverts où ils échangent avec des lecteurs. Dans cet univers de faune variée, il existe désormais les écrans, qui vont nous être utiles pour fêter ce 23 avril en confinement. Si vous ne connaissez pas cette fête, cette année sera pour vous l’occasion d’une fabuleuse découverte. Je tiens à vous dire que vous allez trouver cette festivité seulement si vous avez des annuaires espagnols, notamment si vous habitez en Catalogne. 

Les origines de la journée du livre

Le 23 avril est important parce que c’est la journée du livre dans plusieurs territoires d’Espagne. C’est à l’origine une tradition catalane nommée la légende « de Sant Jordi ». Ce mythe met en lumière des oeuvres littéraires dans l’agora. Des commerçants, des passionnés de la littérature se promènent tout au long des ruelles pour savourer et sentir l’odeur des livres qui s’ouvrent aux mains de multiples inconnues.

Un échange entre les plumes du territoire et les aimants de la lecture. Ouverte à tout le monde, cette journée dédiée à la littérature nous offre une fête dans la douceur et la beauté fleurissante du printemps. Malheureusement, cette immense occasion à la fois artistique et culturelle n’aura pas lieu cette année comme nous la connaissons depuis tant d’années. Cette année, elle aura lieu à la maison, avec un contexte plus individuel, avec l’utilisation notamment du numérique. Plusieurs canaux pour rendre la valeur des mots infinie.

Je me souviens des éternelles promenades, les yeux obnubilés par les couleurs et les titres des couvertures des livres exposés dans la rue. Aujourd’hui ces souvenirs d’enfance me transportent aux mêmes endroits où la littérature s’imposait avec grandiloquence

La légende

La légende de Sant Jordi a pour mission de s’imprégner d’une ambiance très particulière où les gens parlent en regardant la dernière œuvre qui vient de sortir ainsi que les classiques qui leur donnent envie depuis un moment. Cette tradition catalane a pour origine un mythe celui d’un dragon, d’un chevalier et d’une princesse. Un triptyque très répété dans l’histoire de la littérature mais que l’on considère désormais comme quelque chose de ridicule et atemporelle. De plus, dans ce triptyque incassable, on retrouve très fréquemment un objet pouvant s’ajouter au mythe. Cet objet, la rose, peut apparaître comme un élément surexploité et ringard. Et pourtant, malgré les composants, cette histoire demeure toujours aujourd’hui un symbole de la tradition catalane.

L’histoire : Sant Jordi a tué un dragon pour sauver une princesse

Mais l’histoire, que raconte-t-elle? Ce récit qui utilise des personnages basiques et à présent pour certains démodés, parle de la rencontre de la princesse et du chevalier qui vient en aide à celle-ci et qui se conclue en une histoire d’amour. Aujourd’hui, j’aimerais redorer le blason de cette histoire et l’actualiser avec une interprétation différente. Si vous désirez en savoir plus, je vous invite à poursuivre votre lecture.

La légende ayant lieu à Tarragona, explique qu’un dragon avait le pouvoir de détruire toute une ville grâce à son souffle de feu. Comme les habitants de Montblanc (lieu de la commune catalane) ne pouvaient supporter la peur et angoisse constante que leur ville puisse être détruite, ils donnaient au dragon une personne choisie au hasard parmi la population et cela chaque jour afin de le nourrir et de le dissuader d’attaquer leur ville. Certes, durant son repas, le dragon ne se préoccupait plus des autres habitants ni de la ville. Néanmoins, la colère ne s’apaisait pas réellement et plus il se nourrissait, plus il devenait fort. Un jour, ce fut au tour de la princesse d’être choisie pour ce sacrifice journalier. L’événement attristait l’ensemble de la population mais rien ne pouvait la sauver de son triste sort. Rien ? Mis à part l’apparition d’un chevalier appelé Sant Jordi sur son cheval pour la secourir. À la vue de Sant Jordi, le dragon n’éprouva aucun sursaut et tenta de dévorer la princesse. Mais le chevalier se rua sur le dragon qu’il transperça de son épée. Du sang du dragon fleurirent des roses rouges, laissant un beau chemin de fleurs tout au long des terres. Le chevalier cueillit une de ces rose et l’offrit à la princesse.

Aujourd’hui, 23 avril, la tradition se poursuit avec l’acte d’offrir une rose et un livre et je ne vous cache pas que pendant des décennies, il était coutume que c’était l’homme qui offrait une rose et la femme un livre. Cette histoire se doit d’être réadaptée et c’est déjà en partie le cas. Ce n’est pas une suggestion, c’est un rappel à la réalité. En effet, je voudrais vous transmettre ce que j’ai retenu de cette histoire et de cette journée, que l’on considère aussi par cette coutume comme la journée des amoureux en Catalogne.

En effet, je ne peux pas me dissocier de cet événement puisque je garde toutes les lignes, les mots et les livres que j’ai appréciés et dénoncés depuis mon premier « Sant Jordi ». C’est à chaque 23 avril que je me positionne tout en haut de la forteresse du château et je suis de plus en plus convaincue de l’importance des mots et de leurs effets. Je veux lever le drapeau qui défend l’importance des histoires, qui comprend la pluralité d’idées et de réflexions. La littérature nous a toujours permis de nous libérer des dragons. Nous avons tous et toutes “tué” quelques dragons. Et nous continuerons toujours à le faire.

Pour M.

Written By: Laura Jones

Journaliste passionnée du septième art et l'espace numérique. Je me balade entre la comm et le storytelling. Créatrice du verbe to hitchco(o)ck.

Comment: 1

  • Cesar Diaz

    Répondre 5 mai 202014 h 12 min

    Me gusta mocho el artículo muy interesante

Leave a Reply