Scopitone 2019 : l’innovation vue par Jean-Michel Dupas, programmateur

Pour comprendre l’ADN du festival nantais alliant arts numériques et musiques électroniques, qui de mieux que le programmateur musical Jean-Michel Dupas pour nous éclaircir.


Pour placer le contexte, Scopitone est un festival nantais depuis 2002 qui mêle avec brio l’art numérique, le multimédia et la musique électronique. À la manière du festival Maintenant à Rennes avec qui ils entretiennent d’excellentes relations. Géré depuis 2011 par le Stereolux, la salle de spectacle à l’identité très forte sur l’île de Nantes.

La vision du programmateur est bien souvent le reflet de cette identité. Entretien avec Jean-Michel Dupas aussi programmateur du Printemps de Bourges et du Stereolux à l’année.

Durant cette 18ème édition nous aurons l’occasion de découvrir des artistes singuliers, dans un contexte de progrès constant, c’est quoi l’innovation en 2019 ?

L’innovation c’est surtout la nouvelle texture du son allié aux nouvelles techniques de production et de diffusion. Dans 10-15 ans avec les futures technologies de diffusion comme le son spatialisé, les salles de concerts auront une précision dingue. Cette innovation est comme l’arrivée de la 3D au cinéma pour Jean-Michel, qui voit des artistes comme Molécule s’emparer de ce processus de création.

L’innovation c’est aussi de plus en plus de collectifs multimédia qui contre le déficit visuel des DJs sets, souvent identiques visuellement, en y ajoutant projections, images, vidéos…

Étant rennais, comment tu vois la scène électronique Rennaise ?

Je connais pas trop Rennes mais nous avons plein de collectifs très activistes à Nantes, depuis 20 ans. Des assos très engagées à l’année. Un gros club electro avec Warehouse, également le Macadam, un média influent Big City Life. Mais malgré tout ça seulement très peu d’artistes se sont fait une place dans l’écosystème national, à l’image de Myako ou Sexy Sushi (Rebeka Warrior).

Quelle est ta relation avec les autres festivals numériques / électroniques ? Je pense à Maintenant à Rennes ou au Paco Tyson et le MADE.

On peut carrément parler d’affinité, on a d’excellentes relations, auparavant on a même déjà fait des créations en commun. Par les formats on se rejoint sur l’émergence, les découvertes et on est surtout fatigués des têtes d’affiches aux demandes plus du tout réalistes. De même façon avec Paco Tyson, la même longueur d’onde, on peut s’échanger des plans de lieu, se donner des coups de pouce pour discuter avec la ville. Beaucoup d’échanges entre nous. On a en général de très bonnes relations avec les collectifs nantais et c’est pour ça que 8 collectifs mixerons sur 8 soirs durant le festival.

Et comment tu as approché Molécule et pourquoi a-t-il 2 lives différents ?

Molécule c’est un artiste qu’on suit depuis longtemps, qui aime sortir des sentiers battus, avec toujours une nouvelle forme, avec une maîtrise du son différente. Et pour cette édition, le lieu se prête parfaitement au live immersif Acousmatic 360°, dans le noir et en son spatialisé, c’est à dire à 360°. Le second est le live de son dernier album créé au Groenland qui sera joué en 360° également. Le Vendredi 20 et Samedi 21 avec 2 lives par soir, ça promet d’être grandiose.

On voit de plus en plus l’art venir sur scène avec Étienne de Crécy, Molécule et ses installations, Kompromat et ses lasers… C’est un parti pris ?

Ancré dans l’ADN du festival, la culture numérique et art électronique. A 50%, maximum projets hybrides qui amènent le multimédia et l’image à la musique. Étienne est pionnier de la scénographie live, c’est naturellement avec son dernier Space Echo qu’on le retrouvera.

Un autre exemple de la diversité avec Krampf, artiste issu du groupe Casual Gabberz qui jouera une BO de jeu vidéo évolutive. C’est aussi Scalping une techno live avec des instruments. Ce qu’on veut c’est un maximum de projets hybrides, croiser numérique et électronique, avec 75% d’artistes émergents.

Tu es aussi à la programmation du Stereolux et Le Printemps de Bourges, comment ça se chevauche ?

On y arrive (rires), c’est la musique, on a toujours le même point de convergence entre les 3. Même si les envies et attentes sont totalement différentes. L’amour de la découverte et une forte curiosité qui le fait passer de la chanson traditionnelle au métal en passant par le hip-hop et l’electro. C’est cette curiosité naturelle de Jean-Michel qui fait la force de ses programmations.

Pour finir la pépite du festival cette année ?

Ce sera pas une mais plusieurs à découvrir :

Umfang jeune américaine avec sa techno mélodique et fine, qui part très loin mais avec un fond assez unique et cette finesse appréciable. À découvrir le Vendredi 20 Septembre.
Elena Colombi, une italienne vivant au Royaume-Uni mélangeant absolument tous les styles du disco à la techno industrielle et l’ambient. À découvrir le Samedi 14 Septembre
Calling Marian, jeune artiste avec une sensibilité et une émotion troublante. À découvrir le Vendredi 13 Septembre.

Trois pépites féminines à retrouver tout au long de ces 10 jours de fête / découverte / expérience… On ne sait plus trop quel adjectif choisir pour ce festival tant il est éclectique.

Toute la programmation est à retrouver ici.
La billetterie ici, le festival est majoritairement gratuit et pour le reste les prix sont très accessibles, à partir de 10€.

Written By: Jean-Adrien Morandeau

Passionné de photographie et de musique. Je lie ces deux passions à travers la photo de concert.

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