Coudre des masques pour sauver des vies, entretien avec Eléonore Amicel

Les masques, c’est pour les super-héros et les super-héroïnes. Certes, ces objets servent davantage à cacher leur visage afin de le rendre anonyme, mais aujourd’hui plus que jamais, ils s’emploient afin de sauver des vies. Eléonore Amicel est éducatrice spécialisée, avec de nombreuses expériences associatives et bénévoles (droits des migrants et protection animale entre autres). Une Wonderwoman bretonne qui a pour origine les vagues de la baie de Saint-Brieuc. Elle a décidé de rendre cette période de confinement plus créative et surtout solidaire.


La montée incessante de demandes de masques a activé sa passion pour les loisirs créatifs. C’est ainsi qu’Éléonore a décidé de rendre ses tissus plus utiles que jamais en produisant des masques pour tous les goûts. Aujourd’hui habitante de Rennes, cette passionnée de la couture passe les dernières semaines du confinement entre des fils, des rouleaux de papier et accompagnée d’une machine qui confectionne ces objets précieux qui permettent de protéger les gens contre le néfaste coronavirus. Cette démarche solidaire a commencé dès les premiers jours du confinement. À ce moment, une amie à elle lui a relayé une demande du centre hospitalier de Saint-Brieuc.

Le centre a diffusé un message sur les réseaux sociaux demandant aux personnes sachant coudre s’il était possible de confectionner des masques lavables pour le personnel de l’hôpital (les personnes qui s’occupent de la logistique, du ménage, qui sont dans les effectifs, dans des environnements à risque). Elle explique qu’avec leur demande, ils fournissaient un tutoriel expliquant comment confectionner des masques, grand public bien entendu. Éléonore a tout de suite répondu à cette demande. Un tutoriel et son envie ont été suffisants pour commencer à réaliser des masques.

Un problème logistique et une solution

Comme le reste des personnes qui se mobilisent face à la situation actuelle, elle rend à la fois un service et un produit. Néanmoins, de l’idée à la concrétisation, il y a plusieurs étapes et un problème généralisé arriva : la contrainte de venir déposer les masques sur place. En effet, la Poste était en standby, avec des problèmes d’acheminement. En conséquence, elle n’a pas pu envoyer les masques à l’hôpital de Saint-Brieuc étant dans sa résidence à Rennes. Malgré ce contretemps, rien ne l’a empêchée de poursuivre son objectif.

Parallèlement, une amie d’Éléonore, Candy, qui gère la pizzeria La Pimprenelle à Rennes et qui continue la vente à emporter le soir, lui a demandé de lui faire une masque pour lui permettre de travailler en sécurité. En effet, Candy, via son activité, est en lien avec de nombreux clients. Elle se trouve donc dans un environnement à risques.

Quand nous avons demandé à Éléonore comment elle organisait ses journées, elle nous a expliqué que la fabrication a été dans un premier temps pour des gens de l’entourage qui étaient en nécessitée, via le bouche-à-oreille. C’est aussi à ce moment qu’elle a vu fleurir des petites annonces de quartier et initiatives locales. Ces derniers proposaient leur savoir-faire et matériel (équiper les professionnels qui pouvaient être en contact avec le public).

Les outils pour la confection des masques

Concernant les outils nécessaires pour la réalisation de masques chez soi, Éléonore nous a expliqué qu’elle utilisait du fil métallique pour faire adhérer le masque au visage. Pour attacher, elle créé des systèmes de liens avec tout ce qui peut servir d’attache, avec un noeud coulissant derrière les oreilles. En ce qui concerne l’aide financière pour acheter des matières premières, dans le cas d’Éléonore, il s’agit d’une action bénévole. En clair, elle réalise tout avec son propre matériel, sa machine à coudre, ses différents types de fil, cotons et fibres. Au niveau des couleurs, elle a une large gamme. Quand l’occasion s’y prête, elle pose des questions pour connaître le goût de la personne concernée. En retour, elle envoie des photos. Elle essaie de faire des choses variées pour qu’il puisse y avoir du choix.

Matériel d’Eléonore Armicel

Le processus d’envoi des masques

La géolocalisation est un élément clé pour effectuer les envois. Il existe d’ailleurs un réseau mis en place à l’échelle nationale. En effet, il y a des lieux de dépôt sous la forme de commerces partenaires qui centralisent pour cette opération. On peut y déposer ce qu’on fabrique. Éléonore nous a décrit un circuit type entre une personne intéressée par le masque et l’envoi de celui-ci.

Elle explique que le processus va dépendre de la situation : s’il s’agit d’un particulier ou d’un industriel. Pour les particuliers, elle répond aux demandes en fonction de sa capacité de fabrication. Par exemple, une famille de 4 personnes lui fait une demande et elle dit si elle est en capacité de la faire. Si oui, la famille récupérera sa commande en point de dépôt ou passera en bas de chez Éléonore la chercher.

Pour les prochaines étapes, Éléonore compte cibler davantage les personnes qui n’auront pas les moyens de se procurer des masques. Pour cela, il faudra attendre de voir comment les choses évoluent et ce que l’état va mettre à disposition des citoyens.

Une dimension sanitaire mais aussi esthétique

Par ailleurs, à la dimension sanitaire s’ajoute la dimension esthétique. La Bretonne a affirmé qu’elle s’était rendue compte que les gens étaient soucieux de l’aspect que ça allait avoir. Une forme de coquetterie chez la plupart des gens de pouvoir rester élégant. Le masque, c’est avant tout un outil de protection, mais en vue de systématiser son usage, il va pouvoir être intégré dans les accessoires du quotidien. “La dimension sanitaire est la plus importante mais le masque fera partie de leur look, et les gens veulent avoir quelque chose de sympa sur le visage. Je suis contente de faire ça pour la personne et qu’elle soit contente en retour.”

Différents morceaux des tissus utilisés par Eléonore Armicel

Je me sens utile parce que ça me donne un objectif dans le cadre de mes journées. J’ai besoin d’avoir un objectif solidaire dans une période où l’on a du mal à trouver du sens à ce que l’on fait

Dans cette vague dont l’incertitude est constante et le futur se profile à chaque seconde qui passe, une chose est sure : la demande reste largement supérieure à l’offre donc il ne faut pas hésiter à se joindre à cette initiative citoyenne. À la fin de ce confinement, nous allons rencontrer des personnages anonymes dans les rues se promenant avec des masques témoins des journées d’Éléonore. Témoins de ses cafés, de ses choix de couleurs, de ses larmes et sourires. Des heures, des jours et des semaines consacrées à la créativité, l’entraide et l’empathie. Faire des masques, c’est aussi sauver des vies.

Pour plus d’informations, consultez le lien AFNOR : masques barrières, une plateforme web pour mettre en relation offre et demande.

Written By: Laura Jones

Journaliste passionnée du septième art et l'espace numérique. Je me balade entre la comm et le storytelling. Créatrice du verbe to hitchco(o)ck.

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