Opéra de Rennes : “Les occupations font partie d’un processus qui reflète la société.”

Depuis quelques semaines, l’Opéra de rennes est occupé par de nombreux artistes, collectifs et syndicats rennais. En France, plusieurs lieux culturels suivent cette démarche pour protester contre la fermeture des lieux culturels, et prolonger l’année blanche des intermittents du spectacle. Rencontre avec Vanessa, artiste et militante de l’action “Occupation Opéra de Rennes.


Bonjour Vane, l’occupation de l’Opéra de Rennes fait sens aux nombreux lieux occupés en France (théâtres, salles de concert, opéras) dû notamment à la non-ouverture des lieux d’expression artistique et à la prolongation de l’année blanche pour les intermittents du spectacle. Comment avez-vous pu occuper l’Opéra de Rennes ?

Pour l’occupation de l’Opéra, c’était un sujet que l’on a évoqué “dans les couloirs” avec des amis, lors des manifestations et des revendications qui ont eu lieu à Rennes l’année dernière, sans forcément passer à l’acte. On a alors proposé une réunion de convergence de luttes, avec des représentants de syndicats et des collectifs artistiques. Une fois que l’on s’est rencontrés, plusieurs lieux ont été proposés : Le TNB, l’Opéra et d’autres.

Nous avons voté, et nous avons donné rendez-vous à notre réseau à République, sans forcément qu’il sache où l’occupation allait se faire (acte de soutien pour être nombreux).

Il y avait un premier groupe qui est allé devant l’Opéra afin de discuter avec le directeur. Le directeur nous a laissé entrer, sous certaines conditions : jauge maximale de 30 personnes, cohabiter avec les personnes qui travaillent à l’Opéra et garder le lieu propre. Jour et nuit depuis le début de l’occupation, nous respectons ces règles. Nous avons une organisation qui évolue avec les syndicats et les collectifs présents, notamment avec la mise en place d’une assemblée générale.

Les collectifs : CGT spectacle, la CIP, Compagnie 35, Vivre sans art et sans culture!?

© Claire Huteau

Les citoyens rennais ont l’air de vous soutenir dans cette démarche. La Ville vous a-t’elle soutenue ?

Non, la ville ne nous soutient pas. Pour l’instant, il n’y a ni soutien, ni rencontre, mise à part avec Nathalie Appéré, et deux personnes déléguées qui vont tenter de transmettre nos revendications et nos demandes. Concernant les Rennais, c’est un travail de longue haleine car il faut que les citoyens comprennent mieux nos revendications. Pour cela, nous avons mis en place des temps de discussions et d’échange. Ces temps là, on les appelle les AGORA, ils ont lieu tous les jours de 13h à 14h en semaine pour évoquer différents sujets. On commence l’Agora par un état des lieux de l’occupation, expliquer pourquoi on est 30, ce que l’on fait, comment se renseigner sur nos revendications et de quelle façon les Rennais peuvent prendre contact avec les personnes à l’intérieur.

Le but pour nous, c’est d’avoir un espace de travail qui nous permet d’échanger, mais que ça ne s’arrête pas qu’à l’intérieur de l’Opéra, qu’il y ait des relais et une vraie démarche d’ouverture par rapport à l’extérieur, et que les Rennais puissent présenter certaines de leurs revendications et vice versa, et qu’ils puissent nous soutenir à plus long terme.

Combien de temps comptez-vous occuper l’Opéra de Rennes ?

Cela va dépendre des annonces du gouvernement. Il y a des revendications qui sont affichées sur notre page Facebook “Opération Opéra Rennes” . S’il n’y pas de réponses à ces revendications, nous ne quitterons pas les lieux. On pense qu’on va rester pas mal de temps. On a un roulement de personnes qui est assez important pour tenir bon.

Avez-vous des soutiens extérieurs (autres villes) ?

Pas forcément des villes, mais plutôt des différentes occupations. Actuellement, il y a environ 70 occupations partout en France. Nous sommes en contact avec ces occupations. Il y a des réunions “interoccupations” via Zoom. On raconte ce qui se passe dans chaque occupation, on voit si on est tous sur la même longueur d’onde, on réfléchit et on se partage de nouvelles idées. Il y a eu des villes où certaines occupations ont été dégagées. On évoque toutes ces problématiques.

Suite à votre action, avez-vous plus de visibilité ou d’infos sur l’ouverture des lieux d’expression artistique à l’échelle locale ?

Nous n’avons pas forcément plus de visibilité ou d’infos sur la réouverture des lieux. En revanche, on avance dans la rencontre de différentes personnes du gouvernement qui pourraient réellement écouter nos demandes et agir pour cette réouverture. On ne pense pas à la réouverture en tant que telle, mais plutôt à un processus qui devrait vraiment intégrer des problématiques qui existaient déjà avant. En gros, une réouverture qui permette aux artistes de revenir dans de bonnes conditions (jauge, dispositions). Un réel processus qui permet de questionner la façon dont faire cette reprise. On ne pense pas que la reprise globale de tous les lieux soit la solution. Le mouvement pourrait très facilement se rompre.

Quels mesures fortes attendez-vous de la Ville ? Du gouvernement ?

Un retrait pur et simple de la réforme de l’assurance chômage avec tout ce que cela implique dont l’activité précaire des intermittents du spectacle, et être mieux reconnus en tant qu’artistes. Le but, c’est de voir de quelle façon on peut reprendre nos activités en ayant cette conscience d’être producteur de valeurs.

Autre chose, ce qui se passe aujourd’hui avec les occupations font partie d’un processus qui reflète la société, bien avant la crise sanitaire. Il y a vraiment une explosion sociale qui n’a pas lieu qu’ici en France, mais bien dans le monde entier. Le système capitaliste arrive en bout de course. Tout ce qui se passe aujourd’hui, de façon simultanée dans le monde entier, est la conséquence de ce système qui est étouffé et qu’il faut absolument revoir. On pense qu’avec nos actions, on peut au moins éveiller les consciences.

Vous avez réalisé une nouvelle action cette fois-ci à la Gare et sur la dalle du Colombier, comment ça s’est déroulé ?

J’avais eu juste beaucoup de demandes de refaire la chorée « on n’arrêtera pas de danser » qui appartient au collectif bordelais du même nom., Dansée dans le cadre de la journée dédiée à la danse, que nous avons organisée le 27 mars, place de marie.

Cette fois ci avec ma Binôme Morgane Teffaine, danseuse de flamenco, on a voulu la faire dans un espace public et sans autorisation, comme on à l’habitude des actions menées par le collectif Vivre Sans Art et Sans Culture. Nous avons donc donné rendez-vous à la gare, vendredi 16 avril et ça a coïncidé avec les vendredis de la colère qui se mènent depuis un moment dans d’autres régions.

Une trentenaire de danseurs pro et amateurs on répondu présents d’abord dans un lieu secret pour l’organisation et ensuite pour se diriger vers la gare. À différence de la première présentation, cette fois ci, il y avait plus de tension et de danger pour nous. Car encore une fois, pas d’autorisation et forte présence policière. Finalement nous avons pu la présenter sans problème à part le stress (rires).

C’était un chouette moment pour nous tous. Emportés par l’énergie, nous avons décidé de la refaire sur la dalle du colombier la même journée. À la fin, certains d’entre nous, ont rejoint le bourdon de la colère, aussi inscrit dans le vendredi de la colère.

Written By: Sterling

Je partage mon temps entre écouter de nouvelles sonorités musicales, dévorer des séries télévisées et analyser les informations médiatiques. Je suis également Community Manager pour Le P'tit Rennais.

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