Pardonnez-moi, je ne trouve pas les mots

Pardonnez-moi, je ne trouve pas les mots

Difficile dans certaines circonstances de mettre des mots sur des idées, après frustration sur le coup, nous baissons les yeux. C’est la faute à pas de chance.


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#GoodMorningParis Radio FM air lancée par Christine & The Queens en collaboration avec Nekfeu au lendemain des attentats du 13 Novembre 2015.

— Bourdonnement incessant —

Je cherche, mais ne trouve pas, mon idée est juste là, prête à dégainer. Seulement, les mots me manquent : si je le dis de cette manière, mon propos sera-t-il compris de toute l’assemblée ? Une personne au moins ? L’incertitude rode, je vais m’abstenir, j’y arriverai peut-être plus tard…”

— Banale censure —

Une énième fois encore, j’ai laissé mes lèvres se serrer l’une contre l’autre. Dans d’autres circonstances, je n’aurai pas hésité un seul instant à me lancer, mais devant les armes, devant le sang, devant l’insécurité ambiante, au devant de trop de « savants », je préfère garder ma place de transparence.

— Tu m’inspires, je bougonne —

Assurément, les idées venues de mes pensées qui elles, venues de mon cerveau n’étaient pas dénuées de sens et auraient pus, peut être, faire avancer le débat, mais voilà, confidences pour confidences, je n’ai pas osé exposer mes dires.

— Insouciante, que tu es pertinente —

Si les ruines que sont nos pensées pouvaient servir aux fous alliés, nos brouillons sur papiers seraient plus soignées. Laissons libre cours à toutes intonations, un dialogue ne devrait pas être rompu en pleine représentation. Cisailler nos idées, rester muet lorsque l’on souhaite s’esclaffer est une manière de se frustrer quand épanouie n’est plus permis. Qui de son plain gré, se laisse diriger ?

— Nouveau français —

Difficile d’émouvoir par la nouveauté, celle-ci impliquerait-elle d’avoir au préalable défini ou aplani le passé ? L’Histoire, les mémoires, les récits sont le patrimoine de notre bon vouloir. J’ai voté, pour parler, pour courir, pour bailler, pour faiblir ou pour rire… Oui, devant cette haine, devant ce désastre, devant ces visages, j’ai pleuré. Notre force ? La réflexion. Au commencement, j’ai été troublé, puis je me suis renseigné, enfin j’ai compris. Je ne vous ai pas compris vous, les mal attentionnés, j’ai compris ce que je voulais en tant qu’individu.

— Un « je » qui ne m’appartient pas —

Une pensée commune, à quoi bon ? Comme dirait l’autre : « je pense donc je suis ». Il n’y a pas de mal à infliger à autrui un « je » si nous sommes vivant et bien pensant. On nous a appris à penser par nous-mêmes, on a eut vent du libre-arbitre, on a été élevé de manière à être toujours plus grand, par la taille ? Le porte monnaie ? C’est du déjà vu non ? Soyons à notre tour novateur ! être grand … quel délire, choisissons notre manière singulière de l’être.

— Pardonnez-moi —

  • Je n’ai pas trouvé les mots, ils ont touchés la verticalité du Bleu.Blanc.Rouge, ils ont effrayés la foule, je n’ai pas assisté au drame mais à cette vague médiatique et ses déviances.
  • Je n’irai pas chez Jawad, ni à sa soirée pyjama, ni à sa partouze géante.
  • Je n’aurai pas peur de cette palette de couleurs qu’offre la France.
  • Je ne dirai pas que la France est belle ou moche, c’est la France.
  • Je n’imposerai pas ma parole comme évangile.
  • J’ouvrirais davantage les yeux sur les gens qui m’entourent, qu’ils soient à deux pas ou à des milliers de kilomètres.
  • Je n’aurai pas la prétention d’aider mon prochain chaque jour qui passe, car je dois l’avouer, j’ai mes sales humeurs, mes idées et mon caractère.

Et ma vie durant, je ferai des ajustements à cette liste ci-dessus, car j’évolue.

Qu’on ait perdu (ou non) des personnes chères lors de ces attentats, on a tous été au courant de ce massacre, il n’y a pas de « meilleure » manière pour se montrer présent, chacun de nous peut l’être à sa manière :

Ne nous excusons plus de ne pas trouver les mots.

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